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Le chômage n'est pas une statistique, par Frédéric Métézeau

2 min

Peu importe l'auteur de cette sentence "la statistique est la forme la plus raffinée du mensonge" attribuée tantôt à Disraeli, Churchill ou encore Alfred Sauvy, la publication des statistiques du chômage jeudi dernier a donné lieu à un déluge d'interprétations et de décryptages particulièrement raffinés : hausse en novembre mais baisse sur les 3 derniers mois, decélération de la hausse, distinction entre les catégories A, B, C, D, E, baisse chez les jeunes etc, tout cela constitue un beau concours de pinaillage. Dès le début, François Hollande avait étrangement verbalisée son ambition "inverser la courbe du chômage" , un langage de statisticien qui lui permettrait ensuite de faire dire tout et leur contraire aux statistiques. Cela lui a été reproché par laurent Berger de la CFDT : "arrêtons de parler de la courbe, parlons des gens" mais Michel Sapin a atteint le summum en commentant les chiffres : "je ne suis pas là pour être au jour le jour. Je ne suis pas un ministre du quotidien. Je suis un ministre de la durée" .

Si nous n'avions pas été en pleine trève des confiseurs, cette phrase lui serait revenue en pleine figure telle "l'Etat ne peut pas tout" impossible à entendre pour les personnes concernées. Les chômeurs, les précaires ou les stagiaires au long-cours sont désincarnés, déshumanisés, convertis en statistiques durables. Allez donc leur expliquer que la tendance est moins mauvaise !

Le recul du chômage doit être la priorité des priorités car elle sous-tend toute l'action politique. L'emploi redonne dignité, estime de soi et pouvoir d'achat. C'est la baisse du chômage qui permettra de réduire les déficits et pas le contraire car un chômeur est pris en charge par la solidarité nationale alors qu'un salarié lui rapporte en cotisant, en consommant, en payant des impôts.

Enfin, soyons un peu machiavélique à la veille d'une année doublement électorale : la gauche ne conservera le pouvoir que si elle obtient des résultats en matière de chômage. Comment expliquer que des personnalités aussi différentes que Nicolas Sarkozy Gordon Brown ou Mario Monti aient perdu les élections ? Comment expliquer que la conservatrice Merkel et le social-démocrate Obama les aient remportées ? Parce qu'en Allemagne et aux Etats-Unis le chômage baissait, parce qu'en France, au Royaume-Uni et en Italie, il montait. François hollande a pris lui-même cet engagement "d'inversion de la courbe", il a choisi lui-même de "politiser" une statistique, il est entièrement comptable de cette promesse mais attention les ficelles de langage ou de statistiques ne sont pas infinies, elles confinent maintenant au déni.

Frédéric Métézeau

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