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Le FN en trompe l'oeil

2 min

C’est un classique dans le monde politique et médiatique : regarder le FN avec des œillères.

Et donc… le sous-estimer.

La campagne des législatives en donne une nouvelle illustration.

Première erreur récurrente : résumer le FN à une personne. Hier, c’était le père, aujourd’hui… la fille.

Ainsi, la polarisation sur le duel Mélenchon / Le Pen dans la circonscription d’Hénin Beaumont, nous éloigne du réel.

La 11ème du Pas de Calais est une circonscription majoritairement de gauche, lors de tous les scrutins passés. Si Marine Le Pen y est battue, ce sera donc logique. Ce ne sera pas un échec pour le FN.

A l’inverse, le Front National est loin de se résumer à sa Présidente : il présente 572 candidats, dont la moitié de femmes, sur les 577 circonscriptions en jeu.

2ème erreur : le FN n’aurait pas de cadres, depuis la scission avec la branche « mégretiste » de l’Extrême Droite. L’analyse est un peu datée…

Le FN attire désormais des figures venues d’autres horizons : l’avocat Gilbert Collard, le souverainiste Paul Marie Couteaux, l’ex chevènementiste Bertrand Dutheil ou la cadre des chasseurs CPNT Nathalie Huiart.

Troisième erreur : le FN ne serait fort que dans quelques bastions géographiques. Analyse anachronique !!

A la présidentielle, Marine Le Pen a dépassé les 12,5% des inscrits dans… 353 circonscriptions. Elle est arrivée en 2ème position dans 93 circonscriptions…

Certes, les places fortes demeurent, au Nord, à l’Est, dans le pourtour méditerranéen. Mais il n’est plus une région, même à l’Ouest, où le FN ne côtoie les 10%.

Enfin 4ème erreur, le FN ne serait qu’un parti protestataire. C’est une vision condescendante de son électorat d’ouvriers et d’employés. Et une vision simplificatrice de ses idées.

Toujours très à droite sur les valeurs, la famille, la peine de mort, la préférence nationale, le FN a mis la barre à gauche sur les concepts économiques : le besoin de puissance publique, les nationalisations, le protectionnisme…

Un dernier paramètre, exogène, vient parachever le « trompe l’œil » : le mode de scrutin. A la proportionnelle intégrale, le FN pourrait espérer 100 députés. Au scrutin majoritaire à 2 tours, il ne peut guère en décrocher plus de 5 à 10.

Avec leurs œillères, PS et UMP, continuent donc de réduire l’Extrême Droite à un instrument de leurs calculs politiciens. A gauche, le PS mise sur la multiplication des triangulaires. Il pourrait y en avoir une centaine.

A droite, l’UMP, menacé par ces mêmes triangulaires, se contente, d’affirmer que voter FN, c’est voter implicitement à gauche.

Cette tactique à court terme des 2 partis de gouvernement permet à Marine Le Pen de jouer les marionnettistes. Par exemple en affirmant, hier, son intention de soutenir « très exceptionnellement », au 2nd tour, des candidats de l’UMP ou du PS.

Mais surtout, cette stratégie à la petite semaine renforce le parti d’extrême droite, à long terme. Parce qu’elle néglige l’essentiel : s’intéresser vraiment aux électeurs du Front National et à leurs inquiétudes.

Conséquence : à partir du 18 juin prochain, le FN, même s’il n’a qu’une poignée de députés, pourrait devenir le grand bénéficiaire d’une recomposition à droite.

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