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Le mystère François Bayrou

2 min

François Bayrou est rattrapé par le principe de réalité. L’élection présidentielle, sur laquelle il fonde toute son action pour en finir avec la politique bipolaire, est en fait une machine à fabriquer des blocs. Résultat, l’homme qui fait de la lucidité et du parler vrai une marque de fabrique en est réduit à jouer au poker menteur pour ne pas dire ce qu'il va faire.

A priori sa troisième tentative ne sera pas celle du sacre, comme pour François Mitterrand en 1981, ou Jacques Chirac, en 1995.

Bayrou avait un rêve. Se faufiler entre la droite et la gauche à l’occasion d’un premier tour, pour accéder au second, être élu, et à partir de là dynamiter le système de la droite contre la gauche pour lui substituer une république des compétences et des valeurs.

En 2007 le trou de souris s’était élargi au point qu’il avait pu rêver de le transformer en descente des Champs Elysées. En 2012 le passage s’est refermé, et il se retrouve dans la position qu’il a combattue toute sa vie. Celle qui transforme le centre en provision d’appoint pour les majorités.

La danse des sept voiles a déjà commencé autour de lui. Côté Hollande c’est un discret appel du pied, sous la table, pour ne pas choquer le Front de Gauche. Hollande ne veut toujours pas marchander entre les deux tours, mais bon, il trouve intéressante la proposition de Bayrou sur la moralisation de la vie politique, et en ferait même un sujet de référendum s’il était élu le 6 mai.

Côté Sarkozy ce n’est plus la danse des sept voiles, c’est carrément le strip-tease. Bayrou, traité jadis de tous les noms, pourrait devenir Premier Ministre en cas de réélection. Edouard Balladur y a pensé tout haut, et Valérie Pécresse, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin ont emboité le pas. M. Sarkozy lui-même a convenu, jeudi dernier, que le Président et le Premier Ministre n’étaient pas « obligé d’avoir la même couleur ».

C’est qu’avec 18% Bayrou était menaçant, mais qu’avec neuf ou dix pour cent il est appétissant.

Que décidera l’orgueilleux Béarnais. Sa voie de survie est encore plus étroite que son chemin vers l’Elysée. Pour les prochaines législatives il n’a aucune issue. L’introduction d’une part de proportionnelle ne vaudra que pour 2017. S’il se rallie, il se dissout. S’il ne dit rien il n’a plus qu’à remonter sur son tracteur, à Bordères, son Colombey les deux Eglises à lui.

Le plus logique est qu’il donne une consigne, pour ménager l’avenir en attendant des jours meilleurs. Qu’il appelle à éliminer l’un des deux finalistes, puis qu’il se place dans une opposition constructive à l’autre, quand celui-ci aurait gagné. Lequel des deux ? Sarkozy ou Hollande ? C’est son secret, son dernier atout peut-être. Ensuite il pourra toujours rêver, ou cauchemarder… La crise prendrait le nouvel élu à la gorge, le gouvernement devrait se lancer dans des coupes sombres impopulaires, la proportionnelle serait en partie instituée, il se poserait en recours, ce serait l’heure de son 13 mai, de son appel du 18 juin, à moins que ce ne soit le temps de la retraite.

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