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Le point Godwin et le point de non retour

2 min

Les familiers d’Internet appellent cela… le « point Godwin ».

(Du nom de l’américain Mike Godwin qui a théorisé cette notion il y a une vingtaine d’années). C’est le moment où la discussion devient impossible parce que l’un des interlocuteurs vient de renvoyer à son opposant, un argument du style : vous êtes « nazi » !

Et comme c’est une référence à l’horreur ineffable, la discussion est tuée dans l’œuf.

On a donc eu droit à un épisode de cette nature hier après-midi à l’Assemblée.

Pour mémoire… Le député Serge Letchimy, apparenté PS, se lève et accuse Claude Guéant, après ses propos douteux sur une éventuelle hiérarchie des civilisations, de, je cite, « nous ramener jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration ».

Dans la foulée, le gouvernement et le groupe UMP, d’un pas unanime, quittent l’hémicycle en demandant des excuses. Point Godwin ! Accusation de nazisme dans la discussion, effets de manche, débat terminé. Fermez le ban.

Tout cela est… pathétique.

Il n’est pas question ici de contester l’émotion sincère, de Serge Letchimy, élu de Martinique, désireux… de se poser en héritier des valeurs inestimables de Césaire ou de Fanon. Et …. de dénoncer les horreurs qu’a générées l’Occident.

Il n’est pas question non plus de contester l’égale émotion ressentie par bon nombre des membres de la Majorité en s’entendant implicitement assimilés aux idéologues des camps de concentration.

Mais le résultat est là : une Assemblée qui se vide dans une gestuelle grandiloquente.

Pour une controverse sur quoi ? Sur… des formules.

La représentation nationale ferait mieux de s’empoigner… sur le sans abri qui meurt dans la rue, le chômeur qui attend un boulot depuis des années, ou le retraité qui ne parvient plus à boucler ses fins de mois.

Et qui tire les marrons du feu de ce petit théâtre de la provocation ?

On se résume :

  1. Création de toutes pièces par l’artificier Claude Guéant d’un pseudo débat sur un sujet qui laboure les terres du… Front National…

  2. Match de catch à l’Assemblée, une vraie « maison témoin » pour dévaloriser cet « establishment » dénoncé par le même… Front National.

Continuons et le point de non retour se rapproche.

Manque la 3ème pièce du puzzle : s’organiser, avec des arrière-pensées électoralistes, pour empêcher Marine Le Pen d’obtenir ses 500 parrainages.

Ce serait, qu’on le veuille ou non, un déni de démocratie.

Le scénario de politique fiction pourrait alors être le suivant :

  • duel Sarkozy-Hollande au 2ètour,

  • victoire du second, c’est ce qu’indiquent toutes les enquêtes d’opinion à 75 jours du scrutin…

  • Dans la foulée, éclatement de la droite UMP, et…

  • recomposition au profit… du Front National, lors des législatives de juin.

Ce scénario n’intéressait pas Jean-Marie Le Pen. Il en va très différemment avec sa fille.

D’une simple controverse… déplacée sur un sujet… déplacé, on se retrouverait… dans un champ politique… déplacé.

On passerait du point Godwin… où l’accusation d’extrémisme est l’argument qui tue la discussion. Au point… de non retour… où l’extrémisme devient politiquement légitime.

Ce serait autrement… plus grave.

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