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Le pouvoir et l'obsession des "officines"

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Il y a décidément quelque chose de décalé dans l’idée que le monde politique se fait de la presse quand elle s’oppose à lui. Dernier exemple, Mediapart a publié un document tendant à accréditer la thèse d’un financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par la Libye du Colonel Kadhafi, et cet événement, juste ou faux, donne lieu à des commentaires d’une autre époque. Mediapart ne serait pas un journal mais une « officine », a dit François Fillon, repris par Henri Guaino.

Autant dire que cette rédaction ne serait pas autonome, mais qu’elle serait une dépendance, quasiment un service des coups tordus.

On peut comprendre, entre deux tours de la présidentielles, qu’une information aussi choquante, mettant en jeu un ancien dictateur plus ou moins terroriste, et un candidat président, provoque de l’émotion, voire de la colère, chez les partisans de ce dernier.

On doit d’ailleurs admettre les critiques, toutes les critiques, quand la presse est en question… Le privilège de dire doit aller avec le droit d’être remis en cause. L’information n’est pas un art décoratif consacré à composer des enluminures à la gloire des pouvoirs, mais au contraire une bataille permanente destinée à remonter au grand jour des vérités enfouies, donc dérangeantes. Il est par conséquent naturel, et légitime, que les pouvoirs, quand ils sont dans le collimateur, se défendent et contre attaquent.

Encore faut-il qu’ils ne se trompent pas d’époque.

Mediapart n’est pas une officine, c’est un journal diffusé sur Internet, il faudra bien s’y faire. Ce journal a acquis une crédibilité en sortant des affaires, Karachi, et Bettencourt, par exemple. Dans les deux cas, ses informations ont été assez étayées pour que la justice enquête, puis mette en examen les personnalités citées dans ses reportages.

Ce palmarès ne prouve pas, bien entendu, que le dernier document publié soit authentique. On verra…

Mais soutenir qu’un journal diffusé sur Internet n’est pas un vrai journal sous prétexte qu’il n’est pas imprimé sur papier est une sottise du XXième siècle.

On peut dire ce qu’on voudra d’Edwy Plenel, son directeur et l’un de ses créateurs : qu’il combat Nicolas Sarkozy, c’est vrai, mais a-t-il été plus complaisant avec certain de ses prédécesseurs, aujourd’hui célébré par la gauche. L’affaire des Irlandais de Vincennes, sous Mitterrand, c’est lui, le Rainbow Warrior et sa troisième équipe, c’est lui, les écoutes téléphoniques, il les a dénoncé et subies. Le document sur le financement de la campagne de Mitterrand par Noriega c’est lui aussi, d’ailleurs c’était un faux, et Plenel s’en est excusé…

Cela prouve qu’il n’est pas infaillible, mais cela démontre aussi que ses erreurs ou ses succès sont les siens, que son équipe n’est pas une officine, et que l’UMP, et peut-être aussi d’autres partis grands bouffeurs de journalistes, devraient en finir une fois pour toute avec l’idée que la presse c’est forcément la Pravda, c’est à dire le perroquet d’un pouvoir qui lui ferait la dictée…

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