LE DIRECT

Le retour des recours, par Frédéric Métézeau

2 min

C'est toujours pareil quand la question de l'autorité se pose dans une famille politique, les articles fleurissent à propos des recours dont est peuplée l'Histoire de France : Jeanne d'Arc, Henri IV, Napoléon, Clemenceau, Pétain, De Gaulle, pour le meilleur ou pour le pire. Depuis quelques jours Alain Juppé est donc présenté comme un recours à droite pour l'Elysée en 2017 et Martine Aubry comme un recours à gauche pour Matignon en 2014. Politiquement, l'idée a du sens : tous deux sont clairement identifiés dans l'opinion, dans leur camp et dans le camp d'en face, ils peuvent ressouder leurs familles politiques, leurs qualités sont connues, leurs défauts encore plus ; avec Juppé ou Aubry il n'y a pas de flou comme dirait cette dernière, il n'y a pas de loup. Quoique... Repliés à Bordeaux et Lille, ils se préparent à une réelection triomphale, ils ont toutes les cartes en main, mais les voilà à 60 ans passés frappés de pudeurs adolescentes du genre "je n'embrasse pas le premier soir", "je ne dis jamais je t'aime en premier", "raccroche toi, non toi d'abord". Le maire de Bordeaux envisage de créer un think-tank, la maire de Lille a installé le sien dimanche mais ils font comme s'ils n'y pensaient pas en se rasant ou en se maquillant. Voyez ce tweet d'Alain Juppé hier "mais bon dieu qu'on nous foute la paix avec 2017, on n'est même pas en 2014". Voyez Marine Aubry qui ne donne pas une interview pas une déclaration sur la politique et ses intentions nationales. C'est là tout le problème des recours... Convaincus de leurs qualités, ils laissent leurs fidèles entretenir la flamme auprès de journalistes politiques ravis d'avoir quelque chose à dire, ils jouent les divas quitte à irriter dans leur propre camp "Juppé est une virtualité dont personne ne veut la confirmation" constate un député UMP. "Martine engueulera Hollande tous les jours, pronostique un ancien ministre du gouvernement Jospin, ça va être une nouvelle cohabitation Mitterrand-Rocard sauf que le Premier ministre dominera le président". La position du recours est confortable, on ne met pas les mains dans le cambouis, on laisse monter sa cote de popularité et l'on attend que l'on vienne vous chercher sauf que d'autres, moins compétents, n'hésiteront pas à y aller. "Les cons ça ose tout" nous ont appris les Tontons flingueurs et justement, Aubry et Juppé qui ont hérité leurs mairies de Mauroy et Chaban ont du mal à oser. Ils devraient pourtant savoir que l'on monte la dernière marche tout seul et devraient aussi méditer cette parole : "le recours, ça n’existe pas, je n’y crois pas, ça vous fout la vie en l’air". Une réflexion signée Nicolas Sarkozy le 6 mai 2012 en privé, peu après sa défaite.Frédéric Métézeau

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......