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Le suicide politique de Jean-François Copé

3 min

Ce matin c’est à Descartes et à son traité des passions qu’il faudrait faire appel pour essayer de comprendre le suicide politique de Jean-François Copé. Descartes parle du changement interne que subit l’âme sous l’impulsion du corps. Lundi dernier, par son résultat, Copé avait prouvé qu’il avait juste en s’adressant à son électorat de militants. Une semaine plus tard, aveuglé par la rage de préserver sa position présumée, il s’est carbonisé en oubliant qu’il avait changé de public, et que la scène ne se déroule plus sous le jugement des encartés, mais qu’elle se passe désormais sous les yeux effarés de l’ensemble des Français.

Ce décalage formidable peut se lire à deux niveaux.

Premier niveau, l’opinion : il y avait d’un côté l’épouvante des militants de droite et l’espoir placé, à tort ou à raison, dans la médiation d’Alain Juppé, et de l’autre la fermeture ésotérique du Président autoproclamé et de ses soutiens qui s’accrochent à un mot devenu magique « Statut, statut, statut »… Résultat, dans deux sondages absolument concordants, M. Copé, gagnant la semaine dernière, ne baisse pas, il s’effondre : -21 et -22 points.

Le deuxième symptôme de déphasage intégral, le franchement du mur du çon, avec un ç cédille comme dit le Canard Enchaîné, c’est la première déclaration de M. Copé, hier soir : « Nous avons eu un entretien qui s’est déroulé dans un climat extrêmement cordial… ».

Ici s’arrête la politique, et là commence la pathologie diagnostiqué par Descartes et tant d’autres philosophes. C’est Œdipe qui vient vous expliquer qu’il a filialement bercé son père pour l’aider à s’endormir, ou Caïn qui publie un traité sur l’amour fraternel, et qui pense, en toute sincérité, qu’il est cru sur parole…

Mais ce geste, qui consiste finalement à se jeter d’une falaise en criant « j’ai des ailes et je vole » n’aurait finalement pas beaucoup d’importance, si, comme l’écrit ce matin la Une du Figaro, sur huit colonnes, il ne s’agissait « du suicide en direct de l’UMP ».

Car cette affaire intestine aura des conséquences majeures sur la vie politique en général. Elle affaiblit ou casse, nous verrons bien, le grand parti d’opposition, mais elle régénère un concept qui avait terriblement vieilli cet été. Celui du Président normal.

Ce qui se passe à l’UMP est tellement énorme, tellement anormal, que la normalité de François Hollande, qui avait fini par devenir anxiogène, redevient rassurante. Les doutes des Français sur la capacité du pouvoir à résoudre la crise ne vont pas se lever par enchantement, mais pendant que le clan Copé répète comme un mantra son discours sur « le statut, le statut le statut », l’idée que finalement Hollande soit un homme apaisant se refait une virginité.

Encore une semaine comme ça et ce n’est pas « un », mais « une » statue que l’Elysée va ériger à la droite décomplexée…

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