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Législatives : un concours de lobbyistes ?

2 min

A moins d’une semaine du premier tour, les élections législatives intéressent peu les Français, et c’est normal. Elles sont insaisissables. Dans cinq cent soixante dix sept endroits de France elles s’appuient sur une proximité fictive. Officiellement les candidats expliquent qu’ils défendront « la circonscription », mais personne ne sait ce que c’est. Je vous propose une interrogation écrite : dessinez le périmètre de votre circonscription. Dites quelles villes ou quels quartiers sont concernés par votre vote. Si vous n’êtes pas candidat, ce qui est quand même le cas le plus courant, ou si vous n’êtes pas chef de bureau au cadastre, vous serez bien embêté. La circonscription change d’élection en élection, elle est redessinée, redécoupée, elle ne dépend d’aucune réalité vécue mais d’une variation de la population, en fonction d’une division électorale du territoire. Or les candidats ne parlent que d’elle, comme si c’était une patrie. Ils se font fort de devenir les meilleurs défenseurs de cette abstraction administrative. Autre équivoque. Qui sont les députés ? A quoi servent-ils ? A les entendre, ils sont des élus locaux, chargés de vous défendre à Paris. L’élection législative aurait des retombées locales. Le député serait quelqu’un entre le maire, le conseiller général, le conseiller régional, le sénateur. Or ce n’est pas sa fonction. Le député est chargé de faire la loi, c’est le législateur, il travaille en même temps pour la Bretagne, le Pays basque, l’Alsace, la Bourgogne, la Provence, pour chaque mètre carré de France, et pas pour sa « circonscription ». Ainsi l’homme ou la femme qui arpente les marchés, ne sera pas chargé des salades, mais du budget de la nation, du nucléaire, de la loi de programmation militaire, de la sécurité sociale. Ce qui importera au soir des 10 et 17 juin, ce ne sera pas l’élection de tel ou tel, mais la couleur de la majorité envoyée par la France. Les électeurs vont-ils confirmer l’élection présidentielle en donnant au Président de la République la possibilité d’appliquer sa politique, ou donneront-ils à son opposition le pouvoir de l’empêcher, et d’imposer la sienne. Le reste est secondaire. Secondaires les destinées personnelles des uns ou des autres, secondaire que Morano soit ou non réélue, que Carlotti soit encore ministre, secondaire que Copé soit stoppé ou boosté. L’essentiel, la seule réalité que les Français ressentiront dans leur vie, sera le destin politique de la France, les impôts, les allocations, la santé, la justice, la politique étrangère, or dans presque tous les cas, ces thèmes ne sont pas l’objet des débats. Pour cette élection qui détermine l’intérêt national du pays, des milliers de candidats se disputent en fait le titre de meilleurs lobbyistes des intérêts locaux.

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