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L'enfant nu et les nouveaux rois mages

2 min

Drôle d’inversion pour la grande fête de la chrétienté, qui d’abord la fête de la fragilité et du dénuement triomphant. Au moment où l’on fête la naissance d’un enfant dieu, né de parents pauvres, dans une grotte de misère, même pas chauffée, la seule info qui domine raconte la tragédie de rois mages du showbiz à la recherche d’une petite crèche dans un paradis fiscal.

Le dernier Melchior en date, ou Balthazar, ou Gaspar en date, à vous de choisir, s’appelle Enrico Macias. Du haut de son dromadaire il a pris part à la controverse de Noël, à propos des riches et des pauvres vous connaissez l’histoire.

Cette polémique apporte un commentaire tout en contraste à la parabole de Noël. L’histoire de la Nativité parle d’un enfant divin, alors que les voix qui s’élèvent dans les medias chantent leur cantique à un Depardieu tout puissant. D’un côté un bébé, de l’autre des célébrités qui ne sont plus des débutants.

Ces voix accusent les petits de jalouser les grands, elles divisent ouvertement le monde en deux catégories : ceux qui ont réussi, et ceux qui ont échoué, à l’image d’un certain Torreton, et qui n’ont pas assez de quartier de noblesse, en catégorie succès, pour exprimer davantage que du ressentiment.

Dans l’histoire d’aujourd’hui, comparée à celle du Petit Jésus, ce n’est pas l’enfant qui est persécuté, c’est le seigneur. Le monde de 2012, par rapport à celui de l’an zéro, n’est pas réparti entre des riches, qui auraient tout, et des pauvres qui n’auraient rien, mais entre des courageux, des forts, des gagneurs, et en face d’eux des faibles, des assistés, qui coûteraient le prix d’un bœuf, et même d’un âne, pour se la couler douce au frais de la providence.

Pardon aux auditeurs qui trouveraient ces propos caricaturaux, mais on les entendait partout, hier, à la veille de Noël, c’est à dire dans une période en général consacré à la trêve et pas à la polémique.

C’est peut-être que les temps sont durs, et qu’en dépit du rendez-vous manqué avec la prédiction des Incas, il subsiste un sentiment de fin du monde. Si toutes les alarmes ambiantes, économiques, sociales, politiques, ne retentissent pas pour rien, on peut se demander si le Noël d’aujourd’hui ne sera pas le dernier avant la fin des temps.

C’est peut-être aussi que 2012 a connu une alternance politique, et que tout pouvoir libère la parole du camp d’en face. En 2011 la droite gouvernait et elle ne savait plus quoi faire du bouclier fiscal qui lui brûlait les doigts, elle l’avait même supprimé, et voilà qu’en 2012, la gauche lui a succédé, et le paradis fiscal n’est plus un embarras, il est même décomplexé, c’est devenu un catéchisme.

Encore un petit effort et pour Noël 2013 l’enfant Jésus naîtra sur les Iles Caïman, dans une crèche en free taxe.

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