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Leonarda : y a-t-il un pilote dans l'avion ?

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Il n’aurait fallu qu’un moment de plus, ou plutôt qu’un moment de moins. Si la police était intervenue avant l’heure de l’école, personne n’aurait entendu parler de la collégienne du Kosovo. Mais cette élève de France a été interpellée au milieu de ses camarades, et Leonarda est devenue l’objet d’une affaire d’Etat, qui touche aux soubassements de la gauche, qui frappe Manuel Valls, et qui atteint François Hollande…

Cette affaire fait penser aux sans papiers de l’Eglise Saint Bernard, en 1996. Elle donne un visage à ce qui, jusque là, n’était qu’un générique, car dans l’imaginaire public, le clandestin n’est pas une personne, c’est une statistique abstraite et menaçante, un « envahisseur » a même dit un chroniqueur décomplexé à propos des noyés de Lampedusa.

A Saint Bernard, une hache avait fracassé l’indifférence en même temps que la porte d’une église, dans le Doubs un transport scolaire a brisé la routine des expulsions. Soudain une écolière a surgi, avec son histoire d’adolescente, et avec sa voix qui réclame, en Français, le droit d’aller à l’école.

Soudain, les Français, qui consentent aux expulsions, et qui les approuvent souvent, ont éprouvé un sentiment d’injustice, de gêne, de quelque chose d’étranger, de « pas français », dans lequel le « pas français » n’était pas l’autre, mais une part de leur pays.

Pour Manuel Valls l’affaire est délicate. L’équilibre entre son appartenance au camp de la gauche et ses emprunts à la droite pourrait bien s’être rompu. Il agaçait plusieurs de ses collègues, et voilà qu’il les révulse. Certains ne le soutiennent plus au gouvernement, d’autres le dénoncent, comme le Président de l’Assemblée nationale, d’autres exigent sa démission.

On a souvent dit que Manuel Valls faisait penser à Nicolas Sarkozy, mais il y a une différence. Le Ministre Sarkozy transgressait les volontés de son président mais ne braquait jamais son camp. Valls au contraire exaspère le sien en pratiquant l’ouverture avant même d’avoir été élu.

En butant sur le visage de l’écolière du Doubs, deux semaines après avoir lâché que les Roms ne voulaient pas s’intégrer, il brouille l’un des derniers repères d’une gauche déboussolée sur le plan économique, et qui ne serait plus rien si elle lâchait aussi l’idée d’un certain humanisme.

Avec Leonarda, l’ambitieux Manuel Valls se confronte en fait à l’ADN de la gauche, et risque d’être rejeté, comme un organe étranger.

C’est là que l’affaire atteint aussi François Hollande. Comment a-t-il pu laisser un ministre avoir l’air de dicter la partition en un domaine aussi fondamental, et aussi délicat. Pourquoi, par deux fois, le Premier Ministre a-t-il du remettre les montres à l’heure à l’assemblée, sur les valeurs.

Le surgissement de Leonarda, son arrestation, son transport vers l’aéroport a posé, une fois encore, mais avec cruauté, la question qui hante la majorité : y a-t-il un pilote dans l’avion ?

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