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Les abstentionnistes et les indécis peuvent ils changer la donne

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Dans toutes les élections, l’invocation des indécis et des abstentionnistes est en général l’équivalent du pèlerinage à Lourdes. Un acte de foi, un refus de sombrer, l’espérance d’un miracle.

Les candidats en difficulté s’y accrochent entre deux tours, sans trop y croire, pour éviter que leurs troupes ne se démobilisent.

Lors des présidentielles, l’apport des abstentionnistes, parfois important, n’a jamais changé la donne. La raison est simple et elle est connue : les abstentionnistes ne votent pas pour un seul camp, ce sont des électeurs comme les autres, ils ne sont pas la réserve privée de tel ou tel, ils se répartissent entre les candidats.

Même chose avec les indécis. Ces électeurs là, moins décidé par nature, prennent parti en fonction du vent dominant. Ils ne contrarient pas un courant, en général ils le confortent.

Dans l’histoire électorale on n’a donc jamais vu de renversement du style : « l’armée est encerclée, mais les renforts déboulent en sonnant du clairon ».

Des demis-retournement se sont produits deux fois, en cinquante ans, dans des élections générales, qu’elles soient locales ou nationales.

Aux municipales de 1983, remportées par la droite, la gauche avait connu la débâcle au soir du premier tour mais avait sauvé des dizaines de villes au second, comme Marseille ou Belfort. Idem en 2007, aux législatives, la droite paraissait promise à une victoire écrasante, genre 1993, mais au second tour, avec une participation un peu moins grande, la gauche avait fait élire 227 parlementaires là où le pronostic lui en promettait 80.

Dans les deux cas, le renversement relatif n’est pas intervenu grâce au renfort des absents du premier tour, ou des hésitants, mais par la mystérieuse décision collective de l’ensemble des électeurs, dans l’isoloir.

Aucune jurisprudence politique n’appuie donc le dernier refrain en vogue, qui introduit du mystère là où il n’en existe pas, en évoquant une cavalerie fantôme de pêcheurs à la ligne ou d’hésitants de la onzième heure.

Est-ce à dire que l’élection soit pliée, et pliée dans le sens prévu, c’est à dire en faveur du candidat socialiste ? Est-ce à dire que nous pouvons dès ce matin vous donner le résultat ?

Non, bien sûr. Car si la gauche pense être en bonne position, même en ne le disant pas trop fort, et même si l’UMP craint d’avoir déjà perdu, tout en affirmant le contraire, c’est parce tout le monde lit les mêmes sondages, eux et nous. Les deux de ce matin, un BVA et un CSA sont encore sans appel, 56-44 et 58-42 en faveur de Hollande, c’est du jamais vu.

Le mystère de dimanche, et il est entier, n’est donc ni cette histoire de second tour qui serait une autre élection, ni cette affaire d’abstentionnistes ou d’hésitants, il est de savoir si les sondeurs, tous en chœur, se plantent ou ne se plantent pas. Dimanche soir, c’est sûr, il y aura un Titanic, mais on ne sait pas si ce sera Nicolas Sarkozy ou les instituts de sondage.

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