LE DIRECT

Les politiques et la crise des lasagnes au cheval, à quoi bon ? Par Frédéric Métézeau

2 min

Une communication en conseil des ministres hier une réunion de crise à Bruxelles, le résultat d'un enquête des Fraudes connue aujourd'hui, des tests ADN dans toute l'Enion Européenne, la puissance publique, politique et administrative, se saisit de l’affaire des lasagnes au cheval. A quoi bon ? La vache folle, la fièvre aphteuse, la grippe porcine nous ont prouvé qu’en phase aiguë d'une crise alimentaie, les consommateurs ne veulent plus rien entendre, la méfiance est totale avec un effondrement des ventes puis une remontée très lente dans le temps et en volume. Pas une parole ne peut rassurer les consommateurs, le pouvoir politique est totalement démuni face à ces préoccupations "essentielles" au sens littéral du terme : qui pour me rassurer sur ce que j’ai dans l'estomac ?Et pourtant, ne rien dire et ne rien faire serait encore pire ! Sollicitables à tout moment sur les lasagnes, sur le toit de Tchernobyl, sur la démission du Pape, sur Beckham au PSG, les politiques ne peuvent pas dire "je ne sais pas" ou "je n’y peux rien" … Lionel Jospin s’en souvient encore. A cette heure - mais il faut attendre toutes les analyses - nous ne sommes pas dans une crise sanitaire, aucune contamination n’a été mise au jour, mais plutôt dans un cas de tromperie, une affaire malhonnête où la moralité d'un ou plusieurs intermédiaires est en cause. Voyez plutôt : le suédois Findus demande au français comigel de lui fournir des lasagnes, qui commande donc sa viande à un négociateur chypriote qui sous-traite à un grossiste néerlandais, qui achète de la viande roumaine livrée au français Spanghero, qui la distribue au luxembourgeois Tavola filiale de Comigel pour la préparation du plat vendu ensuite en Grande Bretagne et en France. Lundi, le ministre français de l'agriculture avouait "découvrir la complexité des circuits, et de ce système de jeux de trading entre grossistes à l'échelle européenne" et l’on reparle donc de "moraliser" les circuits, comme l’on parlait de moraliser le capitalisme financier et ces produits spéculatifs sans frontières. En 2008 aussi le politique semblait découvrir la titrisation et la complexité des montages alors à quoi bon ? Le politique est-il impuissant ? En tout cas il s'est lié les mains tout seul : en France, la DGCCRF (les fraudes) a perdu 20% de ses effectifs en 6 ans, son équivalent britannique 50% en 20 ans. Le président de l’UFC Que Choisir constate : "si on laisse les industriels en autorégulation : ce sont bien eux qui pilotent les yeux fermés". Moralisation ? Régulation ? A quoi bon ? Ca vaudrait pourtant le coup d’essayer...

Frédéric Métézeau

L'équipe
Production
Journaliste
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......