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Les politologues s'ennuient, peut-être pas les électeurs

2 min

Dans treize jours, ici même, dans ce studio, nous dissèquerons les résultats de la veille. Nous lirons six mois de campagne dans le marc de café du premier tour, l’œil tourné vers le second. Nous devinerons sans doute des logiques écrites d’avance, en oubliant qu’à Pâques nous étions dans le brouillard, que tout était flou, que nous étions en suspension.

C’est comme ça dans toutes les élections. Les politologues ne sont jamais plus lucides que lorsqu’ils s’attèlent à prédire le passé.

Pour l’heure nous, dans les media, nous avons une idée fixe, qui est soit une lumière soit une lubie. Nous prédisons une abstention record. On le fait à partir des derniers sondages, c’est à dire un Ifop d’il y a huit jours, qui annonçait 30% d’abstention, un IPSOS de mardi, qui en donnait 20%, et deux ou trois autres de jeudi et vendredi qui en évaluait 25%. Autant dire que nous brassons du vent.

Mais peu importe. Cette abstention possible est donnée pour certaine. Elle occupe les conversations, et tant pis si une statistique de l’Insee, celle-là vérifiée, ne dit pas tout à fait la même chose. En 2012, la France a battu le record d’inscriptions sur les listes électorales, en passant de 42,9 millions en 2007, à 44,5 millions.

Mais la rumeur, et la presse répètent que cette campagne est nulle et qu’elle n’intéresse pas, donc qu’il y aura beaucoup d’abstentionnistes.

En y regardant de plus près, cette campagne ne passionne pas parce que le récit est dissocié de l’action. Le récit raconte un bras de fer entre Hollande et Sarkozy, or ce bras de fer ne s’engage pas. Le récit raconte aussi l’histoire de troisièmes cavaliers ou cavalières, mais leur destin parait d’abord influencé par le destin des deux premiers, qui ne s’empoignent pas.

Prenons dans l’Ordre. Contrairement à ce que retient la Chronique, le choc entre Nicolas Sarkozy et François Hollande n’a pas commencé. Le premier cogne sur le programme, mais le second esquive et contre attaque sur le bilan que l’autre évite à son tour. Le candidat sortant recherche le corps à corps, mais le second s’en dégage. Le premier est certain qu’il peut gagner par la force, le second est convaincu qu’après cinq ans de mandat sous tension les Français aspirent plutôt à un mandat apaisé. Pour l’heure c’est une drôle de guerre, et cela peut sembler frustrant.

Quant au troisième homme, ou à la troisième femme, sa sélection dépend de ce duel en suspens. Car dans cette élection le vote utile est implacable et il est déjà à l’œuvre. Bien des électeurs de Marine Le Pen et de François Bayrou ont déjà rejoint Nicolas Sarkozy. Et presque tous les électeurs de l’extrême gauche, ainsi que pas mal d’écologistes, et un certain nombre de socialistes potentiels ont envie de voter Mélenchon, ne serait-ce que pour aiguillonner Hollande.

Ces mouvements sont considérables, mais ils sont peu spectaculaires donc les media s’ennuient. C’est cet ennui, peut-être, plutôt que celui des électeurs, qu’ils sont en train de vous raconter.

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