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Lettre ouverte aux économistes qui savent

2 min

Depuis mardi, Jean-Marc Ayrault et François Hollande subissent leur premier bizutage médiatique. Discours de politique général, plan de rigueur qui ne veut pas dire son nom, fiscalité, virage économique, le programme du nouveau pouvoir passe à la moulinette.

Le magazine Le Point donne d’ailleurs le ton avec sa photo, un Hollande échevelé et ahuri, et son gros titre en lettres jaunes : « On arrête les bêtises ».

Que cette première fessée soit injuste ou méritée, ni le Président ni le Premier Ministre n’ont le droit de s’en plaindre. Ils l’ont voulu, ils l’ont eu : On ne peut pas avancer la tête, et pleurer quand on reçoit des claques. C’est le jeu.

Mais dans ce concert de casseroles, ce qui frappe ce n’est pas la dent plus ou moins dure des éditorialistes, ils font leur travail, ou la fermeté de l’opposition, elle fait son métier d’opposant, c’est la tranquille certitude des économistes en vue. Eux ils savent, ça s’entend à leur ton, ça se voit sur leur visage quand ils sont invités sur les plateaux, ou quand ils tiennent chronique sur les télés tout-info.

Ils s’arrachent les cheveux, ils haussent les épaules, ils remuent la tête comme on le fait devant les sales gosses qui racontent des mensonges.

Et ce qui frappe n’est pas qu’ils sachent, ils sont payés pour ça, mais que leurs observations conduise à une seule conclusion : « il est urgent d’engager La réforme ».

Cette Réforme au singulier comme l’était « La réforme » amorcée au XVème siècle, celle des guerres de Religion, ils en parlent à longueur d’éditos. A les voir distiller cette recette, avec tant de conviction, on se dit que le pays ferait bien de les écouter. Qu’il aurait pu s’éviter de grandes difficultés en les entendant plus tôt.

Les plus curieux se pencheront sur les archives des années 2004, 2005, 2006, 2007, pour comparer, et là surprise. Les mêmes têtes, les mêmes mots, le même agacement devant la sottise des politiques et le retard de la France.

La grande majorité des chroniqueurs économiques en vue regrettaient déjà que la France ne suive pas la voie tracée par les grandes économies libérales, et tarde à se hisser au niveau des grandes puissances. Depuis lors le système s’est effondré, en entrainant dans son sillage les banques, puis de nombreux états, mais coucou les revoilà.

Ceux qui savaient, qui se prévalaient du bon près de chez vous quand il investissait en Grèce, ceux qui notaient les politiques, et donnaient des triples A à la banque Lehman Brother, continuent de savoir, de s’indigner, de fulminer.

Tout a changé, tout est à terre, mais pas eux. Ils tiennent encore debout, ils sont sur la pointe des pieds, ils lèvent l’index, ils distribuent des accessits et des avertissements, les bonnets d’âne et les félicitations. Ils ont la solution comme ils l’avaient avant la crise.

La solution, ça va de soi, c’est la Réforme.

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