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Mais de quoi se mêle Didier Migaud ?

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Voilà que la Cour des comptes imite les instances européennes quand elles s’occupent de calibrer le Camembert ou d’étalonner le chocolat. On vient d’apprendre, à l’occasion du 8 mai, que M. Migaud a des idées millimétrées sur la Garde Républicaine, ses plumets, ses orchestres, son prestige, son utilité.

Apparemment cette affaire est secondaire, voire désuète, y compris sur le plan financier. Deux cent quatre vingt millions d’Euros de budget, c’est presque deux fois moins que la somme attribuée par l’Etat à Bernard Tapie, en 2008, et cela représente grosso modo 0, 0009% du budget national. Précisément. Cet aspect pointilliste est d’autant plus révélateur qu’il est anecdotique. Même sur l’infiniment petit la cour de compte a troqué sa mission initiale, contrôler comment on dépense l’argent public, par une mission carrément politique, décider du bien fondé de ces dépenses. Un peu comme le Conseil constitutionnel, chargé de contrôler le calibrage des lois et qui se met de temps en temps à devenir un superlégislateur.

Que reproche Didier Migaud à la gestion de ce symbole de la République, qui emploie 2850 hommes et femmes, avec sa Garde, qui « protège » les palais nationaux, ses services d’honneur, ses deux régiments de cavalerie, son orchestre et son chœur de l’armée Française.

En fait pas grand-chose et même rien du tout. Il n’y a pas d’irrégularités dans ce budget, pas d’argent qui soit dépensé pour autre chose que les missions fixées par l’Etat. Mais la Cour a fait une formidable découverte : Les plumets ne sont pas des matraques, ni les sabres des missiles, ni les chevaux des chars d’assaut, ni les orchestres des commandos d’attaque. En vertu de quoi la Cour des comptes observe que les missions de la Garde Républicaine obéiraient davantage à des objectifs de prestige qu’à des missions de sécurité et elle demande qu’on la réduise pour faire des économies.

Mine de rien elle sort de son rôle. Elle devient politique. Elle s’arroge le droit de dire le bien et le mal en matière d’investissement. Elle décrète que le prestige est un gaspillage sans se demander si ce choix relève de ses prérogatives ou de celle du parlement.

Imaginez un peu, en 1963, quand le général de Gaulle a lancé le dossier du Concorde, qu’un Migaud se soit avancé en s’écriant : « Vous ne devez pas faire ça, mon Général, c’est une dépense de prestige ». On préfère ne pas imaginer ce que le Général lui aurait répondu, sans doute une phrase du genre : « A la niche, Migaud ! ».

C’était sans doute une autre époque, où les contrepouvoirs n’existaient pas assez. De là à ce que les contrôleurs deviennent des décideurs et fassent la loi il y a un pas qui nous conduit, tout doucement, et pas seulement en France, d’une république des élus à une technostructure.

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