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Manuel Valls : le cinglant désaveu

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La caractéristique des grands communicants, c’est qu’ils ont toujours raison : des fuites avantageuses les présentent comme les chouchous du Chef, ou de l’opinion, ou des sondages qui tombent à pic. Ils sont soutenus par des tribunes publiées au bon moment, et relayées dans les télés par des orateurs bruyants. Ils sont donc des gagneurs perpétuels, même s’ils perdent une fois sur deux. Ainsi va Manuel Valls.

De même que Nicolas Sarkozy a gagné la présidentielle de 2012 en accrochant un fabuleux 48,3, supérieur de 1 dixième aux 48,2 du grand loser Giscard d’Estaing en 81, de même que sa force inégalable allait écrabouiller Hollande dans son débat, de même que sa puissance irrésistible allait volatiliser l’instruction du juge Gentil dans l’affaire Bettencourt, de même Manuel Valls a fait savoir cet été qu’il réduirait à rien la réforme de Christiane Taubira, avant d’être démenti, et laissé filtrer depuis la semaine dernière que le Président de la République soutient sa déclaration sur la nature inassimilable des Roms, avant que le Premier Ministre ne le recadre, hier, à l’assemblée, et sévèrement.

Qu’a dit Jean-Marc Ayrault dans une déclaration beaucoup moins consensuelle qu’elle n’en a l’air. Qu’on devait respecter les lois de la République (mais qui a jamais soutenu le contraire ?), qu’il fallait garder son sang froid, ce qui peut apparaître comme une remontrance à Cécile Duflot, mais d’abord que, je le cite « l’intégration des Tziganes d’Europe centrale est possible, et que le devoir des hommes d’Etat c’est d’avancer concrètement des solutions, de faire progresser, de ne pas mettre les uns contre les autres », et de ne pas « exacerber » la question des Roms.

Or qui a désigné les uns, le bloc de vingt mille perturbateurs présumés, comme le problème central des soixante cinq millions de victimes françaises ? Qui a « exacerbé » le problème d’ordre public au demeurant réel, en dégainant cette notion d’assimilable ou de non assimilable ? C’est le Ministre de l’Intérieur.

Le discours d’hier remet la polémique au bon endroit, c'est-à-dire sur son terrain réel. La dispute n’a jamais porté sur le fait d’être pour ou contre les campements, pour ou contre les démantèlements, s’ils sont légaux, ni de couvrir des délinquants ou des réseaux mafieux, même si des sondages caricaturaux ont posé la question en ces termes.

Il ne s’est jamais agi de laxisme ou de sévérité, il s’est agi, dans le discours de Manuel Valls comme dans celui prononcé par Nicolas Sarkozy à Grenoble, en juillet 2010, d’accepter ou de refuser qu’on désigne des gens en bloc.

Ce qu’a souligné Jean-Marc Ayrault c’est l’évidence du cadre républicain, même s’il est plus difficile à mettre en œuvre que les jugements à l’emporte pièce. En République on ne poursuit jamais des communautés mais des individus, et quand on les condamne c’est toujours pour ce qu’ils font , jamais pour ce qu’ils sont .

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