LE DIRECT

Marcela Iacub ou le syndrome Loana

2 min

Normalement il ne faudrait pas parler de l’histoire du livre de cette chercheuse qui a ausculté un homme politique déchu pour le mettre en vitrine, même si la justice a décidé hier que l’ouvrage ne sortirait qu’avec un encart mentionnant qu’il porte atteinte à la vie privée, et même si le magazine qui a participé à son lancement a été condamné au même encart, et à la même amende. Il ne le faudrait pas, mais il le faut quand même.

Il ne le faudrait pas parce que cette histoire n’a pas plus d’intérêt que les reality-show qui firent scandale sur TF1. Elle est seulement plus croustillante parce le rôle de Loana est tenu par l’auteur, qui une chercheuse bien connue dans le barnum intellectuel et médiatique, et celui de Jean Edouard est endossé par un homme qui a failli devenir président de la République, ce qui n’est pas rien...

En soi, dans l’absolu, cette affaire est simplement destinée à acheter du temps de cerveau disponible, comme avait dit Patrick Le Lay, de capter l’attention pour faire avaler non pas de la publicité mais une publication, il n’y aurait donc pas, à première vue, de quoi en faire plat.

On pourrait se contenter de reprendre dans l’acte d’accusation tout ce qui avait été dit à l’époque, dans les mêmes cercles, les mêmes journaux, à propos des dérives du voyeurisme et de la télé commerciale, et dans les plaidoiries de la défense tout ce que les producteurs de Loft Story avaient expliqué sur les vertus de la transparence, la liberté de montrer, le bien fondé de débusquer la vérité toute nue.

On pourrait donc tourner la tête, se dire que c’est du déjà vu, et revenir aux choses sérieuses.

Or c’est précisément là que commence le problème et qu’il faut en parler, car cette histoire est un symptôme important. Il n’est pas anodin, sur un plan politique, au sens noble du terme, c'est-à-dire sur celui des affaires de la cité, que les rôles puissent ainsi se trouver renversés. Que les élites puissent reproduire les dérives berlusconiennes qu’elles condamnaient la veille, en les blanchissant sous le nez rouge du savoir et des idées.

Au moment où l’Europe est en crise, où des populismes, comme ils disent, gagnent un peu partout du terrain, où un clown moitié Coluche et moitié Dieudonné fait un carton en Italie, où les élites sont dénoncées, cette mise en vitrine d’une cochonnerie, selon l’expression de l’auteur, n’est pas anecdotique.

Car ces élites, ces cercles, ces réseaux s’inquiètent souvent, et à juste titre, des conséquences de la crise, qui amènent les peuples à s’abandonner au premier démagogue qui passe.

Comment s’y prendront-ils pour barboter dans la piscine de Loana tout expliquant à ceux qui les regardent qu’il faut savoir se tenir ?

L'équipe
Production
Journaliste
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......