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Marine le Pen, Fille de son père et de personne

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La dernière invention de Marine Le Pen pourrait être cocasse : elle attaquerait en justice les médias qui diront que son parti est à l’extrême-droite. Pourquoi, dans cet esprit, ne pas exiger qu’Hénin-Beaumont soit situé dans les Bouches du Rhône, Bordeaux à Strasbourg, l’Est à l’Ouest, et le Sud au Nord.

Plus sérieusement, cette menace est tellement intenable que l’avocat du FN, Wallerand de Saint Just, qui sera aussi candidat à Paris, a nuancé les menaces de sa présidente. Son parti attaquera seulement les textes ou les propos qui associent le Front National aux nazis, aux racistes, aux antisémites, ou aux meurtriers genres Breivick.

En fait Marine Le Pen, en se démarquant de son histoire, donc de son père, se situe dans sa parfaite continuité. Depuis la première heure Jean-Marie Le Pen a toujours refusé, lui aussi, le qualificatif d’extrême-droite, et comme sa fille, dès les années 80, il a songé à saisir les tribunaux. On peut même dire que le refus d’être catalogué à l’extrême-droite est une caractéristique de l’extrême-droite, presque partout en Europe.

Pourquoi ? Parce que cette appellation renvoie naturellement aux années 30, et qu’elle amalgame le fascisme au nazisme, et le nazisme à ses crimes dans la mémoire collective, et que cette étiquette est donc impossible à porter.

Marine Le Pen, comme chacun le sait, a entrepris de dédiaboliser son parti, de le sortir de son réduit de parti protestataire pour devenir un parti de rassemblement, donc de pouvoir, et elle accélère le mouvement en essayant de couper les ponts avec son histoire, sur le plan sémantique. L’un de ses très proches, Florian Filippot qualifie même d’insulte la notion d’extrême-droite.

Le danger c’est d’en faire un peu trop. A mettre en avant son étiquette de femme politique ni de droite ni de gauche, Marine le Pen sera fatalement renvoyée à ses racines, qui ne sont ni centristes ni de gauche, à sa famille, à ses photos où elle trinque avec les fascistes autrichiens du FPÖ à son réseau, qui n’est pas seulement composé d’avocats autrefois d’extrême gauche ou de reporters sans frontières politiques, mais aussi, et surtout de personnes ou de groupes qui n’émargent pas à l’extrême gauche, à la gauche, ni à la droite humaniste.

Finalement, ce que fait Marine Le Pen, à savoir brouiller les pistes, c’est que font les grands partis depuis quelques temps, et qui est symptomatique d’une crise d’identité.

Deux exemples dans l’actualité : le PS a jadis considéré que la cinquième république était un coup d’état permanent, et récemment rêvé d’en bâtir une sixième, et voilà que François Hollande, hier, au conseil constitutionnel, s’est lancé dans son éloge.

Quant à la droite, elle refusait jusque dans les années 90 qu’on l’appelle la droite, et voilà que l’UMP décomplexée se met aujourd’hui à courir aujourd’hui derrière une extrême droite qui veut devenir le centre...

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