LE DIRECT

Mélenchon: grande voix de 2012, grande gueule de 2013 ?

3 min

Mais où en est la gauche de la gauche ? On constate depuis quelques semaines que la montée en décibels de Jean-Luc Mélenchon tombe à plat dans l’opinion. Ce samedi les passions de l’affaire Leonarda ont d’ailleurs caché un autre événement : le divorce officiel entre le Parti de gauche et le Parti communiste, à Paris.

Les communistes parisiens ont choisi de s’allier au premier tour des municipales avec la candidate socialiste, Anne Hidalgo, plutôt que de faire une liste autonome avec leur partenaire du Front de gauche.

Comme toujours, avec Jean-Luc Mélenchon, il y a le choix des mots. Le tribun use du vibrato quand il est à la tribune, et du superlatif quand il est dans les studios. Vis-à-vis du PC et de sa Direction, il a déclaré qu’il avait « le cœur en cendres » et décrété qu’il avait été « odieusement trahi », avant de relativiser, et de constater qu’un peu partout en France, à Marseille ou Strasbourg par exemple, il y avait des listes communes.

C’est comme ça chez Jean-Luc Mélenchon, il y a un conflit entre le « parler dru », le mot qui saigne et qui sera repris partout, parce qu’il est définitif, violent, qu’il engage la rupture, et que les medias aiment ça, et il y a le réalisme, l’analyse des rapports de force, qui l’invite à la nuance.

Avec le Parti communiste Mélenchon enflamme la négociation à coup de superlatifs de fin du monde, mais il sait parfaitement que son partenaire ne fera pas une croix sur le communisme municipal, des dizaines de grandes villes, des milliers de postes d’élus qui dépendent d’un accord avec les socialistes. Mais, tant pis, il avance au bazooka.

A peine avalée la pilule parisienne, il vante maintenant la multitude des listes autonomes, en concluant d’une phrase bien à lui : « J’en ai gros sur la patate que cette magnifique situation politique soit gâchée par la situation parisienne ».

Sauf que la situation ne sera pas uniquement parisienne. Partout où la survie du PC municipal passera par des ententes avec le PS, les listes du Front de gauche autonome ne seront pas constituées.

Mélenchon sait tout cela, il n’est pas né d’hier, les appareils il connaît bien, il a fréquenté le PS de 1977 à 2008, mais il agit comme si c’était plus fort que lui. Intellectuel brillant, et plus capable de nuance que bon nombre de politiques, il se présente comme un sanguin, il invective, il voit du Front National partout, chez Manuel Valls, chez Christophe Barbier, des trahisons à chaque coin de rue, voue à François Hollande un mélange de haine et de mépris, en le qualifiant avant-hier encore de « personnage pitoyable ».

Cette emphase dans la forme est appréciée par le système médiatique, qui adore les éclats, mais dévore ses acteurs. Le risque, pour Jean-Luc Mélenchon, c’est qu’après avoir incarné une grande voix de 2012 il soit réduit au rôle de grande gueule de 2013.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......