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Mister Fillon sabordé par Docteur Front Nat

3 min

L’effet Fillon sautait aux yeux, hier aux Universités d’été du Front National. Marine Le Pen exultait littéralement. Elle était la gagnante anticipée des Municipales et des Européennes, et se comportait comme le pivot de la vie politique française. La suite dira si cette exaltation se retrouvera au fond des urnes, mais une question s’impose, dès aujourd’hui : Pourquoi François Fillon a-t-il torpillé François Fillon ?

En sacrifiant sa posture morale vis à vis du FN, l’ancien premier ministre a pris un triple risque.

Premièrement il abîme son image. Depuis 2007, il s’était construit la réputation d’un responsable pondéré mais intraitable, un homme de principe, qui ne triche pas avec « la Vérité » , même dérangeante, une espèce de Mendès France de droite.

Que reste-t-il de cette intransigeance, quand à l’approche d’élections municipales « la vérité » de l’automne contredit soudain « la vérité » du printemps ?

Deuxième problème, l’efficacité de sa nouvelle tactique. Sa manière de justifier son ouverture à droite, en renvoyant les socialistes à leurs associés d’extrême gauche, c’est du Jean-François Copé dans le texte. Et sa façon d’en appeler aux électeurs du Front National, par dessus Marine Le Pen, c’est du Sarkozy pur sucre, modèle mai 2012.

Les centristes, et les amis de Fillon, répétaient en boucle que Copé et Sarkozy s’égaraient en écoutant Patrick Buisson, car les électeurs « préfèrent toujours l’original à la copie », et voilà que leur champion imite les imitateurs.

Enfin, troisième impasse : le rejet du Front Républicain. C’est une lame à double tranchant. Cela colle à l’exaspération des militants UMP, lesquels ne supportent plus que des mairies soient perdues par la droite à cause du refus de s’entendre, au moins localement, avec les amis de la famille Le Pen.

Mais en renforçant la droite, le rejet du Front Républicain fragilise aussi le centre. Car en mars prochain, si les Le Pen sont au niveau de leurs espérances, il y aura des candidats de gauche en mal de voix UMP, mais aussi des dizaines d’UMP qui dépendront du renfort socialiste pour devancer les candidats du Front National.

Le Front Républicain ça marche dans les deux sens, Jacques Chirac en sait quelque chose. En refusant le principe du vote de la droite vers la gauche, Fillon bloque en même temps le vote de la gauche vers droite, et cela aura un coût.

L’arrière-pensée de François Fillon, c’est bien sûr de se rabibocher avec les durs qui travaillent son parti, cet espèce de « tea party » à la française. Son problème c’est que ce noyau dur, même s’il est mobilisé, même s’il est capable de rassembler des minorités puissantes, on l’a vu avec le mariage pour tous, même s’il parle fort, même s’il est sensationnel et fascine donc les médias, ce « tea party » a toujours échoué, jusqu’à présent, à bâtir des majorités…

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