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Municipales : rumeurs salaces et racisme ordinaire

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Niort, Poitiers, Limoges, Châlons en Champagne, Vitry-le-François, Saint-Quentin, Tulle, c’est l’histoire d’une rumeur qui se répand dans les campagnes électorales. Elle raconte que les maires, ou les candidats, auraient reçu de l’argent en échange « de noirs venus de Seine-Saint-Denis »…

C’est le journal Le Monde dans son édition d’aujourd’hui qui rapporte cette affaire emblématique. Elle court depuis deux ans, sous des formes voisines mais variables, dès que se profile une élection. Le Maire PS de Niort, Geneviève Gaillard vient ainsi de porter plainte pour « Préjudice causé à l’autorité publique par des assertions mensongères constitutives d’injures ».

Chez elle, la « Rumeur du 9-3 », comme on l’appelle, raconte que le Conseil municipal a accepté le transfert de populations de couleur en échange de subventions…

A Châlons-en-Champagne, au moment des législatives de 2012, c’est l’UMP Benoist Apparu qui avait été accusé de profiter du Ministère du Logement qu’il occupait alors pour installer des familles venues du même département. La rumeur a disparu après les élections, mais elle est revenue quand Apparu a annoncé sa candidature à la Mairie, elle se développe, et se fait plus précise. L’ancien Ministre aurait obtenu une délibération pour offrir des permis de conduire gratuits aux nouveaux arrivants, un immeuble entier serait bientôt construit, un train rempli de 400 noirs serait sur le point d’entrer en gare.

Benoist Apparu a porté plainte, lui aussi, comme le socialiste Alain Clayes, à Poitiers, accusé d’avoir financé un viaduc vers Paris en échange d’étrangers, toujours venus de Seine-Saint-Denis.

A Limoges, Alain Rodet, maire PS, a été soupçonné de bâtir un centre aquatique selon le même procédé. A Tulle, le maire PS Bernard Combes se prêterait à un transfert de population pour rester au niveau des quinze mille habitants, et ne pas perdre ses dotations. Il aurait même touché 3000 euros par tête de la part de l’Etat.

Partout le même fantasme, des étrangers avantagés, des noirs de préférence, amenés en douce sur le dos des honnêtes gens. Qui colporte ce récit, et l’entretient, et l’embellit, à coups de tags, ou de révélations promises à la presse locale ? Nul ne le sait, mais le fait est là, et il doit alerter.

Il est admis que les politiques, surtout de gauche, ont souvent joué les autruches en niant les problèmes d’intégration, ou en les criminalisant, à coups d’accusations morales contre ceux qui les subissent au quotidien.

Mais cette histoire démontre aussi que cette vérité officielle, selon laquelle le racisme au fond n’existe pas, peut en cacher une autre, qui prouve hélas qu’il a de beaux restes, ou de belles résurgences, et que si le débat délicat sur l’immigration exige de ne pas fermer les yeux, ses dérives, ses fantasmes, ses préjugés, ses haines, imposent de les garder ouvert…

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