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Nucléaire : l'amère victoire des verts

2 min

Les écologistes gagnent chaque mois du terrain, et ils en perdent tous les jours. Ils en gagnent dans la société, ils en perdent sur le plan politique. C’est le paradoxe de cette campagne électorale.

Cecile Duflot, Eva Joly et Daniel Cohn-Bendit lors des journées d'été d'Europe Ecologie-Les Verts mi-août à Nantes. originale
Cecile Duflot, Eva Joly et Daniel Cohn-Bendit lors des journées d'été d'Europe Ecologie-Les Verts mi-août à Nantes. originale Crédits : Stephane Mahé - Reuters

La caricature de l’écologiste porté sur le chant des oiseaux et aspirant à revenir à l’époque des cavernes a cédé le pas à une idée parfois désordonné, mais qui infuse dans les esprits. Pas de séquence sans que des propositions, taxe écologique, écodéveloppement, croissance verte, ne s’installent dans la campagne, et pas de semaine sans qu’un trou d’air n’aspire Eva Joly vers les profondeurs.

Or la montée des doutes à propos du nucléaire aurait du porter son discours. A la suite de l’accident de Fukushima un rapport signé par l’agence de sûreté nucléaire a déjà souligné que le renforcement des normes de sécurité dans les centrales françaises allait coûter dix milliards d’euros, qui se paieraient en augmentation du prix de l’électricité.

Et voilà qu’un rapport publié hier par la cour des comptes indique qu’il faudra trouver beaucoup plus de milliards pour prolonger la vie des vieilles centrales.

En quelques mois, après le dogme de la sûreté nucléaire, voilà que le mythe d’une électricité pas cher s’effondre. Voilà qu’est vérifiée, presque mot pour mot, la thèse soutenue par Corinne Lepage, la présidente de Cap 21 et candidate à la présidentielle, dans son livre « La vérité sur le nucléaire ».

Donc les écologistes devraient se frotter les mains, or ils paraissent ne plus en avoir. Mis bout à bout, les scores de Corinne Lepage et Eva Joly pèseraient moins de cinq pour cent.

Comment un courant comme Europe Ecologie, 16,28% le 7 juin 2009, aux européennes, score confirmé aux régionales suivantes, se retrouve-t-il à ce niveau, alors même que ses idées gagnent du terrain dans le pays.

Cette question renvoie sans doute à l’incapacité du courant écologiste à se transformer en vrai parti. Ses idées se renforcent, mais sa structure se cherche. Les têtes sont à maturité, mais les jambes ne suivent pas.

La preuve. Pour l’élection centrale, la présidentielle, ce courant, finalement puissant, n’a pas réussi à faire émerger une seule personnalité de ses rangs, un ou une candidate issu de son histoire, et a préféré proposer le choix entre une juge célèbre, et un producteur de télévision.

Le choix d’une affiche en somme, comme si le programme politique manquait de poids alors qu’il pèse de plus en plus.

La suite est donc l’histoire d’une évaporation. Eva Joly a gagné la primaire, mais par inexpérience, par maladresse, par sincérité, elle a violemment dénoncé l’accord avec le PS avant d’avaler la couleuvre, puis s’est égaré dans des débats sociétaux, une fois le 14 juillet, une autre les jours fériés…

Comme si la candidate avait perdu sa prose écologique au moment même où toute la société, comme M. Jourdain, se mettait à en faire.

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