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Opposition : le syndrome Christine Boutin

2 min

Encore un incident à l’assemblée nationale, qui les collectionne depuis quelques semaines. Le spectacle des députés de l’opposition quittant l’hémicycle pour protester contre une déclaration du gouvernement est devenu une sorte de bande annonce. Annonce de quoi, toute la question est là.

Hier c’est une phrase de Jean-Marc Ayrault qui a mis le feu aux poudres, le premier ministre a accusé les députés de droite de vouloir l’échec de la France. Accusation ultra classique de tous les gouvernements en difficultés, en direction de toutes les oppositions. Mais ces temps ci le jeu de rôle consiste à donner dans l’outrage et la grandiloquence. Il y a de la démesure dans l’air. Chaque décision n’est pas l’objet d’un débat, mais quasiment d’une guerre de religion. Dans une atmosphère où l’on ne parle plus de matraquage fiscal mais de gourdin, toutes les questions, une par une, le cannabis, le vote des étrangers aux municipales, les salles de shoot, le rapport Gallois, et ne parlons pas du mariage et de l’adoption, nous ramènent au climat du débat sur le Pacs, entre 98 et 99.

C’est un fait : Le débat politique se boutinise, au sens de Christine Boutin qui dans la passion de l’instant s’était crue missionnée pour sauver la France éternelle et la droite unanime. Il s’est avéré, au fil des années que l’opposition avait offert une image qui ne lui ressemblait pas, que sur le Pacs et l’homosexualité elle était plus nuancée, et même Christine Boutin avait admis avoir poussé le bouchon trop loin, dans le feu de l’action.

Sur les débats de société d’aujourd’hui, il se trouve que le même phénomène se reproduit. A propos du Cannabis, du droit de vote, des salles de shoot, la droite n’est pas unanime, et les mêmes orateurs ont changé d’opinion, mais tout se passe comme si l’opposition ne se reconnaissait que dans les Boutin du moment, c'est-à-dire les voix les plus en pointe.

Cette méthode a ses avantages, elle colérise le débat au moment où le gouvernement est à la peine, et au moment où le principal parti d’opposition, l’UMP est en campagne électorale donc en période de surenchère. Mais les emportements ont aussi leurs limites. A trop monter le ton on finit par plafonner. L’opposition ne va pas quand même pas quitter l’hémicycle pendant quatre ans et demi, et si elle le faisait, plus personne ne s’y intéresserait.

Tout cela nous renvoie peut-être à une double inexpérience. Les socialistes ont retrouvé le pouvoir après dix ans d’opposition, et ils découvrent que le ministère du réel est plus complexe à exercer que celui de la parole. Et la droite a fait le chemin inverse. Elle cherche aussi ses marques, et elle confond encore le rôle de l’opposant et celui du chahuteur.

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