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Patrimoines : un peu gros tellement c'est maigre

3 min

Si François Hollande avait voulu reprendre la main au moment où il paraissait ne plus en avoir, l’opération est réussie. Sur la défensive depuis des semaines, contraint de réagir, souvent à contre temps, à des situations qu’il subissait, voilà qu’il a lancé une contre attaque, sur le thème de la transparence, que cette idée suscite le débat, et que tout le monde y participe.

L’opposition, embarrassée, dénonce une diversion, ce qui n’est pas forcément faux, mais la diversion fonctionne, et elle la divise, en n’arrangeant personne. Ceux qui, comme Laurent Wauquiez et François Fillon ont révélé leur patrimoine, se retrouvent contraints de décrier un inventaire auquel ils ont participé, de crainte d’avoir l’air cachottiers. Et ceux qui préfèrent le secret, comme Jean-François Copé ou Christian Jacob, sont obligés de souligner qu’ils n’ont rien à cacher.

Dans la majorité, plusieurs nez se sont allongés, et pas des moindres, mais l’exemple donné par les ministres sera difficile à éviter sans risquer de passer pour « opaque », et si le projet de loi, même amendé, est finalement voté, le Président de la République aura l’air d’avoir imposé son autorité, et ce d’autant plus nettement que la rébellion aura été sonore. On se demande par exemple comment le Président de l’Assemblée nationale pourra ne pas rentrer dans le rang, tout en y entrant quand même…

Donc d’un point de vue tactique Hollande, pour la première fois depuis longtemps, a plutôt dirigé la manœuvre, il a fait le Président, et l’opinion, à ce que disent les échantillons des instituts de sondage, approuverait la séquence.

Mais jusqu’où le mènera l’émotion qui agite le monde politique et médiatique, en cassant les clivages ? Là est toute la question.

Il semble que la société Française ait évolué sur sa perception de l’argent, et que celui-ci ne soit plus un marqueur dans l’absolu. Le risque d’une espèce de chasse au riche ne paraît pas très grand dans une opération qui ne vise pas les fortunes mais les conflits d’intérêt. Donc ce n’est pas du côté de la révélation de quelques beaux patrimoines, d’ailleurs déjà connu comme celui de Laurent Fabius, que le pouvoir prend un grand risque.

Le risque à moyen terme viendra de la crédibilité des annonces d’hier après-midi. Car ce qui frappe, chez des élus souvent parlementaires depuis longtemps, puis ministres, et qui vivent donc sur des indemnités de sept à huit mille euros par mois, ce n’est pas l’obésité des patrimoines, mais plutôt leur maigreur.

Des vélos pour certains, des bagnoles à mille euros pour d’autres, un compte quasiment à sec pour le ministre de l’intérieur, avec de tels revenus, qui ne sont pas scandaleux, mais qui, au regard du salaire médian français sont tout de même très confortables, les Français seront tentés de se demander comment les gérants sourcilleux de la chose publique sont de si piètres gestionnaires de leur argent privé.

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