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Pécresse : la fin du scandale des stages ?

3 min

Décidément le pouvoir doit être un exercice paralysant. Il faut l’avoir perdu pour que viennent les idées. Prenez Valérie Pécresse. Elle était une ministre importante, mais Eureka, la lumière s’est allumée quand elle a cessé de l’être. La preuve : elle publie aujourd’hui un livre qui propose une idée courageuse, et qui va faire beaucoup parler : en finir avec les stages.

Le livre s’appelle « Voulez-vous vraiment sortir de la crise », il est publié chez Albin Michel, il contient quatre vingt dix propositions dont la plupart assez classiques à droite : la fin des 35 heures, la retraite à 65 ans, la procédure du droit d’asile, etc…

Mais au détour d’un chapitre, celle qui fut ministre de l’enseignement supérieur, et ministre de la réforme de l’état, dégaine la surprise du chef, ou plutôt de l’ancienne cheftaine : elle veut interdire le scandale absolu qui s’est lentement installé en France, et auquel tout le monde s’est habitué : avant d’obtenir un emploi rémunéré, le plus souvent en CDD, le jeune doit en passer par une espèce de bizutage. Il doit prouver sa qualité, et sa motivation, en travaillant sans être payé.

Une espèce de commandement s’est inscrit en filigrane, sur les tablettes du code du travail : « Avant de devenir précaire, mon fils ou ma fille, tu dois être ultra-précaire ».

Pour en sortir, Valérie Pécresse propose la création d’un vrai contrat, mi-travail mi-formation, d’une durée minimum de deux mois, qui serait payé soixante pour cent du Smic, ouvrirait des droits sociaux comme la retraite ou la sécurité sociale, et serait exonéré de charges.

Ainsi le stagiaire, ce travailleur au noir qui existe et qui n’existe pas, qui n’est pas dans les registres mais qu’on croise à la machine à café, sortirait de sa clandestinité publique. Il aurait, quelle horreur, un statut et un salaire…

Le stage est une bonne intention. Côté jeune, il permet d’explorer l’entreprise et de s’y faire connaître. C’est un sésame, à qui des millions d’entre nous doivent souvent leur premier emploi.

Mais côté employeur le stage peut devenir, et devient dans les faits, une filière officielle de travailleurs non déclarés, sans lesquels certains services ne pourraient plus tourner. Dans maints secteurs, comme la communication, c’est le nôtre à Radio France, le marketing, la banque, la publicité, les stagiaires représentent le cinquième du personnel.

En six ans, les stages conventionnés sont passés de six cent mille à un millions deux…

Une poudrière sociale en même temps qu’une douce habitude. On se fait à tout surtout quand on en profite.

C’est donc une femme de Droite qui appuie là où ça fait mal, et qui va faire crier ses amis les employeurs. Attendons de voir si le Président de Gauche, si soucieux de la jeunesse, entendra son message ou l’objection des entreprises.

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