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Pilule : attention un diable peut en cacher un autre

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Attention, un principe peut en cacher un autre. Le principe de précaution peut entraîner, dans l’affaire de la pilule de troisième et quatrième génération un principe de diabolisation pour la pilule tout court, et se retourner gravement contre les femmes qu’il entend protéger.

La pilule contraceptive a une histoire dans nos sociétés, une histoire révolutionnaire, elle a radicalement changé le statut des femmes. Cette histoire n’est pas allée d’elle-même. Elle a été conquise, contre des forces qui la dénonçaient comme dangereuse et immorale, son autorisation a fait l’objet de débats immenses, dont l’intensité n’a rien à envier à celui que nous connaissons avec le mariage gay, son remboursement a été très longtemps contesté, et la possibilité de la fournir à des jeunes filles de moins de dix huit continue de soulever de vives oppositions.

On ne peut donc pas entendre des mots comme interdiction, ou déremboursement, sans dresser l’oreille, et ce n’est pas un hasard si le Planning familial, qui a lutté pour cette conquête, se demande si, à force de secouer le spectre de thrombose artérielle, on n’est pas en train de balayer la contraception elle-même.

Il n’est pas question ici de négliger le risque mis en avant par le cas malheureux de cette jeune femme, Marion Larat, elle-même victime de cette thrombose artérielle, mais d’avoir clairement conscience de phénomènes qui font que cette affaire est en train de devenir un problème d’état.

Le premier de ces phénomènes est la généralisation médiatique. A partir d’un visage, un problème devient celui de toute une population. Ce phénomène a frappé au moment de l’affaire dite de la vache folle. Après un reportage nous montrant l’agonie d’un jeune homme atteint de la maladie de Kreutzfeld Jacob, sur M6, des spécialistes, souvent scientifiques, ont expliqué, par extrapolation, que nous serions des milliers, voire des millions à mourir de cette manière. Quinze ans après, les mourants, comptez-vous…

Deuxième phénomène, les pouvoirs publics se protègent au nom du principe de précaution, qui devient un principe de parapluie. On anticipe le pire, comme avec la fameuse grippe aviaire.

Deux ans après, les grippé comptez-vous.

Troisième phénomène : acté par les plus hautes autorités, le principe de précaution devient ce qu’on appelle une bonne affaire pour les media parce qu’il agite les peurs. Au niveau des titres, le principe de précaution devient facilement un principe de sensation.

Tous ces phénomènes jouent dans l’affaire de la pilule, avec une dimension supplémentaire. Un laboratoire pharmaceutique est concerné. A cause d’affaires récentes, et graves, ces laboratoires peuvent être regardés comme le diable. Les combattre devient une revendication de progrès.

Il serait paradoxal que la lutte contre le « diable-laboratoire » ne vienne alimenter des bondieuseries qui ont toujours combattu la liberté des femmes.

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