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PMA : faux clivages et vrai débat

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Nous voilà partis pour un bon vieil affrontement droite-gauche, bien binaire, bien défini, bien balisé, à propos du mariage universel, et de son corollaire l’adoption. Le groupe socialiste va proposer un amendement visant à autoriser la PMA aux femmes homosexuelles, et la droite entend participer aux manifestations anti-mariage du 13 janvier prochain. Tout serait donc clair : la gauche est pour, la droite est contre…Sauf que ce n’est pas si clair que ça…

Le paradoxe, c’est que tout en étant en pointe le PS n’est pas sûr d’arriver à une majorité, car une partie de ses troupes est à la traîne. Environ soixante députés n’ont pas voté le principe de l’amendement, plus de vingt d’entre eux ont signé un courrier demandant que la PMA soit dissocié de la loi sur le mariage, d’autres, comme l’ancienne ministre de la justice Elisabeth Guigou ont exprimé des réserves.

Le Front de gauche votera pour le mariage, sans état d’âme, mais pas pour l’amendement PMA, les radicaux de gauche y sont également réticents à l’image de Roger-Gérard Schwartzenberg…

En face, officiellement, la droite exprime un rejet ferme, de cette PMA et du mariage, non pas pour le mariage lui-même, ni pour la PMA, mais pour le mécanisme qu’engendraient ces lois en conduisant à la gestation pour autrui, et, je cite Eric Woerth, à un changement de la vie en société, de la famille, de la filiation ». Donc, avec le sens de la nuance qui le caractérise Jean-François Copé appelle l’UMP à participer aux manifestations.

Or il se trouve que bien des personnalités de droite, plus ou moins ouvertement (par exemple le très copéiste Franck Riester), éprouvent des réserves vis-à-vis de cette attitude.

Et même Marine Le Pen, qui invoque un débat artificiel, hésite à rejoindre ces manifestations du 13 janvier.

Il y a comme un paradoxe. Cette question est éminemment politique, mais elle gêne les politiques, parce qu’elle dépasse les clivages partisans. Elle s’exprime dans la passion, parce qu’elle soulève réellement des problèmes de société profonds, mais cette passion conduit à la caricature. Elle nous ramène au climat du Pacs quand Christine Boutin croyait représenter toute la droite en brandissant sa bible, mais ne faisait que l’enfermer, et la ringardiser.

Au fond, avec ce débat passionnel, ceux qui se laissent aller aux passions, ou ceux qui les allument en croyant en tirer partie, sont sûr de se tromper, et de ne représenter qu’eux mêmes. Ce débat n’avancera positivement que si la gauche et la droite ont bien conscience qu’il passe à l’intérieur de leur propre camp, dans l’intimité de chacun, et pas dans des croisades ou des contre-croisades.

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