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Présidentielle 2012 : Et pourtant elle tourne !

2 min

Plus la campagne avance, et plus une idée s’impose. Les français seraient dégoutés, le débat serait nul, l’abstention menacerait.

Sans doute les commentateurs ont-ils perdu la mémoire. Etait-elle douce la campagne de 74, quand le néo gaulliste Jacques Chirac poignarda politiquement le gaulliste historique Jacques Chaban Delmas ?

Etait-elle pure, la campagne de 81 quand les diamants de Bokassa, ou la mort suspecte de Robert Boulin faisaient le bonheur de la gauche, et que la droite délirait à haute voix en promettant les chars soviétiques sur la place de la Concorde ?

Etait-elle un jeu d’enfants sage, la campagne de 88, quand pour faire plus viril le gouvernement Chirac régla l’affaire d’Ouvéa en trois coups de mitrailleuses et une vingtaine de morts, et que Mitterrand accusa Chirac de diriger des clans, des bandes, et des factions.

Etait-elle idyllique la campagne de 95, quand un premier ministre en perdition fit de l’autostop pour jouer au candidat du peuple, et qu’un futur président profita du vide laissé par Jacques Delors pour devenir de gauche en annonçant la réquisition des appartements vides de Paris dont il était le maire.

Etait-elle magnifique de pureté républicaine, la campagne de 2002, quand à la veille du premier tour un pauvre vieux monsieur, surnommé Papy Voise, fut exhibé à la télévision, tuméfié, afin que la France ait peur ?

Etait-elle somptueuse la campagne de 2007, quand le candidat de droite se déguisa en homme de gauche, en promettant le droit de vote aux étrangers pour les élections municipales, tandis que la candidate de gauche enfila le costume des bonnes sœurs pour lancer entre deux tours « aimons nous les uns les autres », pendant que l’un de ses lieutenant, Eric Besson, devenait le Mozart du retournement, en rejoignant le camp d’en face pour devenir l’un de ses hauts dignitaires.

La campagne 2012 serait donc affreuse parce que les candidats s’envoient des piques, se traitent de menteurs, ou parce que l’un se ferait enfariner et qu’un autre serait stupéfait d’avoir été hué à Bayonne, alors que depuis cinq ans il se fait acclamer dans des descentes en Sarkozy qu’il prend pour des voyages la France.

La politique n’a jamais été un échange polissé dans un salon feutré, même si elle se déroule chez nous dans des palais, des dorures gnangnan, et des draperies tutu pan pan. Elle est toujours passionnelle, souvent tragique. Elle laisse entendre les fractures tectoniques qui travaillent la société, or nous vivons sur un séisme.

Pendant trente ans, une révolution silencieuse a établi un nouvel équilibre entre la puissance économique et la puissance politique, au profit de la première. Ce que dit cette campagne, plus ou moins élégamment, plus ou moins clairement, c’est que l’Etat veut reprendre la main.

A tout prendre, ça vaut bien les images de Papy Voise…

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