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PSA : la revanche de Jospin

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Et si l’Express avait eu tort ? Et si le magazine s’était trompé de personne avec sa fameuse couverture de la semaine dernière. Et si, dans l’art de gouverner, ce n’était pas Sarkozy « qui avait eu raison », mais bel et bien Lionel Jospin ?

Et si la cascade de plans sociaux, et le début d’épilogue de l’affaire PSA transformait ce qu’on présente comme une faute politique majeure en une preuve historique de lucidité, et de responsabilité.

Et si l’austère qui ne se marrait pas, le coincé, le petit bras, était en fait un éclaireur.

Vous-vous souvenez de la fameuse phrase prononcée en 2000, à l’usine Michelin, par le Premier Ministre socialiste de l’époque. « L’état ne peut pas tout ». Une maladresse absolue selon l’histoire officielle. Une capitulation politique face aux forces économiques. Une formule sensée avoir conduit au naufrage socialiste du 21 avril 2002. La marque même de l’absence de volonté.

Lionel Jospin faisait face à un plan social, et avait été pris à parti par des salariés désespérés. C’est là qu’il avait lâché sa phrase, son aveu d’impuissance.

Depuis lors tous les présidents, et tous les gouvernements, n’ont eu de cesse de se démarquer de cette formule. Faire du Jospin c’était aller au désastre. Plus récemment, pendant son quinquennat, et pendant sa campagne de 2012, Nicolas Sarkozy a souvent cité cet « état qui ne peut pas tout » pour s’en démarquer, et prouver sa volonté.

Et lorsque PSA a annoncé la fermeture du site d’Aulnay, François Hollande, sûr de la puissance publique avait jugé « inacceptable » un plan « qui ne serait pas accepté ». Arnaud Montebourg, remonté comme un taxi de la Marne en septembre 1914, s’était demandé, martial, si « le malade n’était pas imaginaire ». Et Jean Pierre Mercier, le leader cégétiste, était allé jusqu’à déclarer la guerre.

Au bout du compte, le rapport Sartorius a mis en cause hier les retards à l’allumage de la famille Peugeot, critiqué certains choix, mais admis que la nécessité d’un plan social n’était « malheureusement pas contestable ».

Et le ton a changé. Adieu les proclamations. François Hollande fera en sorte que « le moins d’emploi soit supprimé », et Montebourg admet que « des mesures de redressement sont indispensables ». Quand au syndicaliste, il ne conteste plus la fermeture d’Aulnay, mais réclame « un maximum de garanties pour que personne ne finisse à Pôle emploi »

On est passé de la guerre de tranchée à la négociation pour limiter la casse, ce qui revient à reconnaître que l’Etat peut certaines choses, mais qu’il « ne peut pas tout », et que le volontarisme permet de belles envolées, style « la croissance qu’on va chercher avec les dents », mais que ses lignes Maginot sont aussi hermétiques que le rempart de mai 40…

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