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Quand Jean-Luc Mélenchon ne fait pas rire, par Frédéric Métézeau

2 min

Lundi soir Jean-Luc Mélenchon a reçu le prix d'humour politique du meilleur twitt : "je suis de plus en plus nombreux" répondait-il aux journalistes qui évoquaient un affaiblissement du front de gauche. Le prix est mérité, la formule fait rire et en même temps elle illustre la situation beaucoup moins drôle que connaît le mouvement. Pendant la présidentielle, scrutin hautement personnalisé et incarné, Mélenchon avait porté avec panache la parole de son mouvement, le souci, c'est que cette hyper personnalisation a fini par desservir le front de gauche. Si l'on considère comme Gainsbourg que l'humour est la décontraction de l'intelligence et comme Mélenchon est quelqu'un de très intelligent, ce tweet n'est pas qu'une plaisanterie, il démontre que le Front de Gauche a bien du mal à être autre chose que l'écurie d'un homme, un attelage de circonstance, en l'occurence l'élection présidentielle. La preuve, après les législatives, le Front de Gauche n'a pu constituer de groupe tout seul, il a dû rallier des élus utra-marins non-inscrits pour atteindre les 15 membres dont l'essentiel sont des communistes sauvés par le bon vieil accord PS / PCF. Depuis, aux 8 législatives partielles, le FDG n'a eu aucun élu avec des scores autour de 5-6%, malgré la crise, malgré le chômage et la politique social-démocrate de Hollande. Pire que cela, comme au premier tour de la présidentielle et comme à Hénin-Beaumont le FDG n'est pas parvenu à décoller l'électorat populaire du front national qui l'a toujours devancé et n'a jamais cessé de creuser l'écart dans l'Oise ou le Lot-et-Garonne. Pour Mélenchon, le front républicain aujourd'hui "n'a aucun sens, c'est une escroquerie , un traquenard" . Au sein du front de gauche, les relations sont tendues avec les communistes. Un député PCF nous confie qu'il ne croit pas à la stratégie à la grecque de Mélenchon (un effondrement des socialistes pour rafler la mise) "en Grèce la droite a repris le pouvoir" explique-t-il, "Mélenchon fait le pari de l'échec de Hollande, nous nous souhaitons qu'il réussisse" . Tout à sa vendetta contre le PS, Mélenchon pousse à des listes autonomes aux municipales alors que seule l'union de la gauche peut sauver les mairies communistes. Aujourd'hui le Front de Gauche de Mélenchon risque de devenir le MODEM de Bayrou : un assemblage pour un seul homme. Entre Bayrou Mélenchon, il y a d'ailleurs bien des similitudes : culture historique et littéraire, intégrité, intrépidité jusqu'à la rupture avec sa famille politique d'origine et même l'admiration de Mitterrand mais aussi un risque d'impasse stratégique, une incapacité à l'auto-critique et donc à l'auto-dérision malgré un humour caustique... Derrière l'humour, la politique toujours...Frédéric Métézeau

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