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Racisme anti-blanc : le raccourci de Jean-François Copé

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Attention, un tabou peut en cacher un autre. Dans son livre intitulé « manifeste pour une droite décomplexée » Jean-François Copé entend, dit-il, « briser un tabou » en dénonçant un « racisme anti-blanc » dans certains quartiers. Or ce tabou n’existe pas.

Il y a très longtemps que cette expression court dans la société française. Le premier à l’utiliser est l’écrivain Pascal Bruckner, en 1983, dans son livre « le sanglot de l’homme blanc ». Parallèlement l’expression a été utilisée par une association d’extrême droite, l’Agrif, alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française, et ce au moment ou SOS Racisme lançait le slogan « Touche pas à mon pote ».

Il y a donc, dès le départ, une double branche à ce tabou présumé. Une branche d’idée, et une branche politique.

La branche d’idée débat, en termes très controversés, d’une réalité connue : il existe, dans certaines populations d’origine immigrée, une volonté déclarée de faire la guerre aux gaulois, comme ils disent, ou aux souchiens, c'est-à-dire aux français de souche, ou aux « blancs », appellation stupide puisque les arabes sont blancs, tellement stupide qu’il a même fallu changer la couleur des arabes. Dans ce langage raciste on les appelle, et ils s’appellent eux-mêmes les gris.

L’autre branche de ce débat est purement politique. C’est le Front national, et lui seul, qui s’est emparé de l’expression, pour se victimiser. Etant accusé de racisme, il s’est dit victime d’un racisme à l’envers.

Est-ce que le débat d’idée n’a fleuri que dans la presse de droite ? Non. En mars 2005, à la suite de violences dans une manifestation lycéenne, le Nouvel Observateur et Le Monde racontent comment des jeunes, issus de l’immigration, évoquent la dimension « anti-blanc » de leurs agressions.

Dans la foulée Jacques Julliard, Bernard Kouchner, Ghaleb Bencheikh, ou Alain Filkinkraut, tous quatre alors classés à gauche publient un manifeste intitulé « Appel contre les ratonnades « anti-blanc ». Cette tribune fait grand bruit.

La France n’a donc pas attendu M. Copé pour, entre guillemet, « lever ce tabou ». Par contre, dans le débat politique, le mot a continué à n’appartenir qu’au seul Front National.

Le tabou de Jean-François Copé n’est donc pas celui du « racisme anti-blanc », mais celui d’un double emprunt. Il dit « Droite décomplexée » et c’est du sarkozysme, et il dit « racisme anti-blanc » et c’est du Front national. Il établit un pont, et ça c’est un tabou qui tombe. Le NI-NI est dépassé. Aucun haut dirigeant de l’UMP, au niveau national, n’avait établi un lien aussi décomplexé entre la droite classique, et la droite de la famille Le Pen.

Ce tabou ne tombe pas par hasard. M. Copé est en campagne pour la Présidence de l’UMP, il s’adresse aux militants de son parti, et ces militants reprochent souvent à leurs dirigeants d’avoir perdu trop d’élections en refusant l’alliance avec les candidats du Front.

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