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Rebsamen : double tête ou feu aux fesses ?

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Il ne manquait plus que ça. Alors que le gouvernement est confronté à des difficultés économiques majeures, déficit, rigueur, chômage, et qu’il essaie de refaire surface par une baisse volontariste du prix de l’essence ou par la création d’emplois jeunes, alors que la majorité se remet à peine d’une bourrasque sur la question nucléaire, voilà que François Rebsamen, Maire de Dijon et patron des sénateurs socialistes, vient d’ouvrir un autre front. Il refuse de se soumettre à la règle du non cumul des mandats. Il entend rester maire et sénateur jusqu’en 2014. Mieux encore, ou pire selon les points de vue, il souhaite que les sénateurs puissent cumuler définitivement leur mandat national et un exécutif local, au nom du fait que le sénateur émane des collectivités territoriales… Etant son propre représentant, le sénateur maire, finalement élu par lui-même, serait une seule et même personne, la Sainte Dualité républicaine en quelque sorte…

Martine Aubry, la Première secrétaire du PS, et initiatrice de cette règle du non-cumul appelée, théoriquement, à devenir une loi, vient de le rappeler à l’ordre. Mais Rebsamen n’a pas l’intention d’obtempérer. Et s’il résiste ainsi, publiquement, c’est qu’il ne se sent pas seul. Voilà des mois que les parlementaires PS traînent les pieds sur ce projet, pourtant devenu dans la campagne présidentielle une promesse solennelle du candidat Hollande.

Voilà des mois qu’ils bataillent en coulisses pour obtenir des assouplissements à une règle trop restrictives à leurs yeux, et d’ailleurs aux yeux d’une bonne partie des élus de l’opposition. Bien des députés et sénateurs de droite et de gauche s’accrochent au cumul en avançant un argument qui les arrange, mais qui ne manque pas de force. Privé d’ancrage local, le parlementaire deviendrait un élu sans racines.

Peut-être, et ce n’est pas ici, en deux coups de cuillers à pot que ce débat vieux comme la république sera tranché. Mais il y a une autre réalité. Une ambiance politique…

Chaque jour, confronté aux résistances, et à la réalité de la crise, le pouvoir socialiste, élu en mai, arrondit son discours, et réduit ses envolées de l’hiver à des accommodements partiels. Le plafond du livret A, le Smic, le blocage du prix de l’essence, la fiscalité des riches, rien n’est oublié mais tout est arrondi. Au nom de la crise et de la relance.

Et voilà que sur un sujet qui ne coûterait pas un centime, un domaine où la crise, pour une fois n’a rien à voir, un thème qu’on a porté comme l’étendard de la modernité, voilà que le gouvernement ferait encore dans la demi-mesure. L’effet serait ravageur.

Tellement ravageur que le dilemme du cumul se résoudrait de lui-même pour un grand nombre d’élus de gauche. En 2014, aux Municipales, à la vitesse où le vent tourne, des milliers d’élus locaux PS ne vont pas avoir à gérer des questions de notables à deux têtes, mais des problèmes de feu aux fesses.

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