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Sacrilège et principe de précaution

2 min

L’affaire du film islamophobe est-elle finie ? Non ! Car désormais, à lire la presse écrite, à se brancher sur internet, à zapper de radios en chaînes de télévision, nous allons vivre un week-end angoissant : les manifestations interdites vont-elles avoir lieu quand même ? Des mots d’ordre insaisissables comme des virus feront-ils confluer des foules en un lieu que les préfets, peut-être pris au dépourvu, ne pourraient pas contrôler. Nous vivons une atmosphère de drame. L’un de ces moments où un feu de poubelles, un monôme de cinquante exaltés, ou une glissade peut valoir un flash urgent. Il y a, depuis le départ, quelque chose de disproportionné dans ce ramdam, aussi bien vu du côté des pays musulmans que des pays occidentaux. Côté musulman, d’abord le fameux film : Personne ne l’aurait remarqué, si des extrémistes n’avaient pas décidé d’en faire une publicité que même la société Apple n’arrivera pas à égaler pour le lancement de son Iphone 5. Ce film insultant, c’est un navet Or c’est devenu le diable, quelle promotion… Dans une tribune publiée dans le Monde, le recteur de la mosquée de Bordeaux, Tareq Oubrou, explique ce phénomène par une assimilation, dans le monde musulman, de l’individu à l’état. Une assimilation si naturelle, que le film improvisé par un zozo américain ne pouvait être conçu, aux yeux de cette opinion publique, que par la Maison Blanche. D’où l’appel du recteur aux musulmans : « résistez à l’esprit complotiste et victimaire ». Autrement dit dégagez vous d’une certaine paranoïa. Il se trouve que le même message pourrait être envoyé aux opinions occidentales, là où prime l’individu. Un individu fragile, et qui se sent menacé. Car en Occident aussi, le hiatus entre la menace ressentie et la menace réelle conduit parfois à des désordres extraordinaires, au nom de l’ordre et de la survie. Londres en état de siège sous Tony Blair, pour une attaque dont plus personne n’a entendu parler. La vache folle dont nous devions mourir en masse. La grippe H1N1 qui devait tous nous emporter. On appelle ça le principe de précaution, et ce week-end ce principe va s’imposer. Les médias et les autorités vont s’efforcer de détecter des manifestations, un peu comme on repérait des oiseaux mal en point pendant l’histoire de la grippe aviaire, au point de faire d’une mouette tombée près de Marseille une star des journaux de 20 heures. Espérons que cette mobilisation sera superflue comme les stocks de vaccins commandés à l’époque, et qu’aucun malheur n’arrivera… Si c’était le cas, il faudrait réfléchir au choc de deux disproportions. Celle de l’Islam qui crie au sacrilège, et celle de l’Occident, qui s’affole de ce cri. C’est peut-être ça, parfois, la guerre des civilisations. Un affrontement de paranoïas…

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