LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Sarkozy : après vous, la belle vie...

2 min

C’est juste une phrase, quelques mots lancés dans la campagne : "Si je suis battu, j'arrête et je ferai autre chose. Je n'ai pas fait l'Ena et je n'ai pas à défendre une situation. Ce que j'ai, je l'ai eu grâce à mon travail, mes efforts, mon mérite ».

Cette phrase, elle a été prononcée hier matin par un candidat de très grande expérience, Nicolas Sarkozy, qu’on dit expert en communication, au surlendemain d’une émission de télévision où il a donné du tonus à sa candidature.

Premier paradoxe, cette formule parle de retrait au moment d’une accélération. Deuxième étonnement : Sur trente sept mots, elle emploie six pronoms ou adjectifs possessifs, trois « je » et trois « mon ou mes », des mots consacrés à celui qui parle, pour un propos entièrement concentré sur soi-même, son statut, ses efforts, sa réussite, alors qu’en général une campagne essaie plutôt de parler de celui qui écoute.

Le président sortant ne pouvait pas ignorer que ces mots là seraient les seuls qu’on retiendrait de la longue interview donnée à RMC info et BFM télé. Ils ne lui ont pas échappé. De même savait-il parfaitement que cette déclaration confirmait sa confidence de janvier, qu’il avait démentie, ou relativisé en expliquant que la presse l’avait piégé. Cette petite phrase prononcée en Guyane disait exactement la même chose :

« Je changerai complètement de vie, vous n'entendrez plus parler de moi, si je suis battu ».

Que cherche donc Nicolas Sarkozy en méditant ainsi sur l’hypothèse de sa défaite ? A la conjurer, à la relativiser, ou à dire « je m’en fous »

Il prend le risque de démobiliser ses troupes. Un chef en difficulté qui envisage de perdre au moment le plus aiguë de la bataille peut donner des états d’âme à ceux qui veulent s’engager pour lui.

Mais le président candidat fait peut être un calcul. Il peut vouloir dramatiser. La jouer Charles de Gaulle, qui disait : « Soutenez-moi ou je m’en vais ». Lui qui propose déjà deux référendums, il en ferait un troisième, qui consisterait à répondre Oui ou Non à Sarkozy lors des deux tours de la présidentielle.

Pourquoi pas, sauf qu’il y a une différence...

De Gaulle disait : « si vous dîtes non, je me retire »

Sarkozy lance : « après vous, la belle vie… Moi, je n’ai besoin de personne ».

L’un brandissait comme une menace le vide laissé par son absence. « Après moi le chaos ». Il se prenait pour la France.

L’autre fait savoir qu’il n’a pas peur du vide, qu’il changera de métier, qu’il fera autre chose après avoir « fait président », comme il dit. Un job de perdu, et dix de retrouvés.

C’est une manière de refuser le chômage... Reste à savoir si les chômeurs seront convaincus.

L'équipe
Production
Journaliste
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......