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Sarkozy : la justice serait-elle laxiste ?

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La justice a-t-elle été laxiste ? C’est la question que personne ne s’est posé à droite après le non-lieu du citoyen Sarkozy, et c’est un vrai tournant. Car jusque là les amis de l’ancien Président dénonçaient systématiquement les actes du juge chargé de l’affaire Bettencourt. Hier, oublié les dérives de l’ignoble Jean-Michel Gentil : comme l’a dit solennellement le premier intéressé, c’est « La justice » qui venait de le « déclarer innocent ».

Ignominie en deça du non lieu, vérité au-delà, le juge Gentil a donc succédé au juge marron, et la presse régionale de ce matin s’amuse un peu de ces variations…

« Ainsi la justice serait-elle bonne ou mauvaise, selon qu’elle vous déclare innocent ou coupable » soupire Jacques Camus dans la Montagne.

« Le voici blanchi par la justice dont il prétendait être le martyr » constate Denis Daumin dans la nouvelle République.

Et Philippe Marcacci, qui s’étonne qu’Eric Woerth demeure dans le viseur de la justice, propose une citation d’Honoré de Balzac : « Les lois sont des toiles d’araignées à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites ».

Mais trêve de commentaires, ce qui est dit est dit, et la justice a tranché.

Nicolas Sarkozy dresse le bilan de son épreuve : "Deux ans et demi d'enquête. Trois juges. Des dizaines de policiers. 22 heures d'interrogatoires et de confrontations. Quatre perquisitions ». Il en a de la chance, l’ancien Président, qui oublie au passage de citer le nombre de ses avocats. Et il se dit assurément que certaines de ses déclarations passées, tendant à exiger une justice plus expéditive, étaient peut-être un peu légères. Car tout le monde ne bénéficie pas d’un tel traitement de faveur, de tels moyens, d’une telle attention. Pour des milliers de citoyens, c’est deux ou trois policiers, un juge, un quart d’heure, la peine plancher parfois, et hop, en prison !

Donc il en tiendra compte s’il revient au pouvoir, il sera plus nuancé.

De même, il lance une phrase pleine de hauteur au personnel politique : « On ne gagne jamais à calomnier, on ne fait qu’abaisser la démocratie ». C’est une forte vérité. Sans doute le Président songe-t-il, avec une certaine douleur, aux propos d’Henri Guaino accusant le Juge Gentil d’avoir « déshonoré la justice et les institutions » ou à celle de Nadine Morano qui avait comparé l’affaire Bettencourt à l’affaire d’Outreau et demandé la dissolution du Syndicat de la magistrature…

Enfin Nicolas Sarkozy revient sur un fondement de la démocratie : « Je veux rappeler, dit-il, combien la présomption d’innocence est un principe fondamental ». Il a raison. Bénéficiaire d’un non-lieu, après une longue épreuve, il est à même d’éprouver une sainte colère contre ce Président de la République qui avait déclaré, un soir à la télévision, à propos de son ennemi Villepin : « les coupables seront jugés ». Villepin avait été acquitté.

Si l’innocent de 2013 croise un jour le Président de 2009, il saura le lui rappeler…

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