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Scandale Tapie : un parfum d'OM-VA

2 min

Ce qui frappe dans le scandale Tapie, cette « affaire d’Etat » comme le dit cette semaine la couverture du magazine Le Point, c’est qu’elle puisse étonner, tant elle rappelle, dans ses ressorts, l’affaire OM-VA. Le scénario est différent, bien-sûr, mais le personnage central est le même, les complicités sont de niveau équivalent, c'est-à-dire au sommet, et les mensonges de même catégorie, modèle arracheur de dents.

Même les dénégations de 2013 rappellent les proclamations d’innocence de 1993. Témoignage personnel : en ces années là, confronté au soupçon d’avoir acheté des joueurs valenciennois pour s’assurer un match tranquille, le Président de l’OM au sommet de sa gloire, Bernard Tapie, venu à Marseille à l’appel de Gaston Defferre, et chouchou du Président de la République François Mitterrand, avait fait un serment au micro de ma Radio de l’époque, France Bleu Provence : « Si cette affaire était vérifiée, je disparaitrai de la circulation, car un président de club doit être un exemple pour la jeunesse », fin de citation.

Deux ans plus tard il dormait en prison.

Vingt ans plus tard, confronté aux révélations sur l’arbitrage qui l’a rendu richissime, il a eu ce cri du cœur, avec la main posé dessus, comme autrefois : « S’il y a eu entourloupe, j’annule l’arbitrage ».

Il y a soupçon d’entourloupe, et davantage, mais il n’annulera rien. Il résistera de toutes ses forces, et pas tout seul, comme en 1993. A l’époque il avait recruté l’un de ses anciens collègues du gouvernement, un ministre déjà, Jacques Mellick, pour se bâtir un alibi. L’alibi avait explosé en direct pendant le premier procès, à Valencienne. « J’ai menti de bonne foi » avait alors lâché Tapie. « Voilà une bien curieuse notion de la solidarité gouvernementale » avait grincé le procureur Montgolfier.

Aujourd’hui, l’alibi en bois de Bernard Tapie est un ancien haut magistrat, Pierre Estoup, l’homme du mirifique arbitrage. Il y a deux mois ils prétendaient l’un et l’autre qu’ils ne se connaissaient pas, en ce mois de juin plus personne n’ignore qu’ils étaient en affaire depuis au moins quinze ans.

Ce qui étonne le plus dans ce bégaiement de l’histoire, c’est la fantastique capacité de Bernard Tapie à être admis, voire courtisé au plus haut niveau de l’Etat, quoi qu’il ait pu lui arriver. Qu’il ait embarqué un Président de la République dans les années 80, on pouvait mettre ça sur l’effet de son charisme, de son bagout, de son charme, de ses promesses, mais qu’il puisse recommencer avec un autre président, en dépit de son pedigree, de ses condamnations multiples, de ses faillites, en un mot de son casier judiciaire, pose moins de questions sur lui, après tout Nanard c’est Nanard, que sur ceux qui l’ont aidé, dans les sphères les plus élevées.

Il est arrivé dans le passé qu’un malin, Victor Lustig, ait vendu la Tour Eiffel à des naïfs. On ne sache pas que vingt ans plus tard, après avoir purgé sa peine, il ait vendu la France à ceux qui la dirigeaient.

Là oui…

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