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Ségolène à qui perd gagne

2 min

La France n’a pas de chance. Elle est victime d’un mal étrange, le syndrome du perdant lumineux, phénomène sur lequel devraient plancher les fameux déclinistes. Il consiste en une espèce d’inversion de phase. Dès qu’un homme ou une femme remporte une élection il perd son cap. Dès que l’un d’eux est battu, il a la révélation. Ségolène Royal en est le dernier exemple. Ayant été laminée aux primaires de son parti, puis écrasée aux législatives, elle sait maintenant ce qu’il faut faire pour sortir de la crise.

Cette certitude lui permet d’être sévère avec l’an 1 de son ancien compagnon. Le mariage pour tous aurait du être fait l’été dernier, de même que la réforme de la décentralisation. Et il fallait prendre des ordonnances dès les premières semaines.

Sur l’emploi elle connaît la solution : « Les emplois d’avenir et les contrats de génération c’est très bien, mais tout le monde sait que cela ne suffit pas », dit-elle. Que est sa proposition ? « Une bataille globale pour l’emploi ». Elémentaire mon cher Watson ! Contre les couacs gouvernementaux, et ce qu’elle appelle « la zizanie entre ministres », elle apporte aussi son mode d’emploi : « Il faut que le gouvernement trouve un esprit d’équipe, qu’il n’y ait plus de dissensions ». Ah bon !

Ségolène Royal publie ces jours-ci un livre, chez Grasset. Titre : « Cette belle idée du courage ». Une galerie de portraits qui va de Mandela à des députés kurdes, de Lula à Jean Jaures, de Roosevelt à sœur Emmanuelle. Elle dit avoir puisé dans ces exemples la volonté de dépasser ses déceptions pour faire primer l’intérêt collectif.

Cette renaissance de la Présidente de la Région Poitou Charente, et cette capacité à avancer des solutions de bon sens fait penser aux certitudes de la Droite depuis le 6 mai 2012. Elle sait ce qu’il faut faire et ne pas faire pour le bien du pays. Elle a passé dix ans au pouvoir, Elysée, Assemblée, Sénat, sans abolir les 35 heures, elle a creusé les déficits, alourdi l’endettement, mais là, d’un coup, par la grâce d’un échec, l’inspiration lui est venue : elle abolira les 35 heures, combattra les déficits, et jugulera la dette.

Quant à François Hollande et son gouvernement, ils font le chemin inverse. Ils ont gagné donc ils ont perdu leur route. Ils tenaient le truc jusqu’au 6 mai, l’ennemi était la finance, le réforme des retraites n’était pas nécessaire, la TVA sociale était un contresens, le chômage devait être jugulé par la relance, et soudain, depuis le 7 mai le discours s’est enrayé.

Décidément, la victoire est un poison, et la défaite une pomme de Newton, elle réveille celui qui la prend sur la tête. Les Français l’ont d’ailleurs bien compris. Depuis trente ans ils jouent à qui perd gagne. A toutes les élections, ils confient le pouvoir à ceux qui l’ont perdu.

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