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Serge Dassault : la conquête et la tétée

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Serge Dassault sera entendu par les juges le 2 octobre prochain dans une affaire qui mêle l'argent, la politique, et des malfrats à la gâchette facile. Un mélange des genres extrême pour un soupçon d’achat de voix, à Corbeil-Essonnes, chez un homme habitué, depuis le jour de sa naissance, à occuper tous les terrains.

Qui est Serge Dassault, fils de Marcel ? Est-il un créateur, un conquérant, l'un de ces hommes partis de rien, ou de pas grand-chose, comme Bill Gates, Steve Jobes, ou Xavier Niel ?

Non. Premier mélange des genres, c'est un fils, qui confond la conquête et la tétée. Son père avait tout inventé, lui, il a pris la peine de naître. Ce n'est pas un profil rare en France, où bien des grandes fortunes, et des empires industriels, sont souvent dynastiques, Arnaud Lagardère ne dira pas le contraire quand il roucoule avec sa belle en affolant ses conseils d’administration.

Second mélange des genres, les affaires et la politique. Certes, Marcel Dassault fut député, il fréquentait les grands dirigeants, et la carrière de Jacques Chirac lui doit beaucoup, mais Serge, son fils, ne les côtoie pas seulement. Il est des leurs, il a sa cocarde comme les autres !

Il est sénateur, il était maire, il est patron du Figaro et à ce titre il donne le la du discours de la droite. Dassault disserte beaucoup, sur la question des successions, dont il a obtenu l'allègement des droits en 2007, ou sur la morale, ou sur les délinquants, ou surtout sur le libéralisme.

C'est son troisième mélange des genres. Ce milliardaire pourfend l'Etat, ses gaspillages, ses prébendes, ainsi que ses fonctionnaires. Il les éreinte dans son journal, mais il vit sous perfusion. Son grand client c'est sa bête noire, cet Etat qu'il houspille en exigeant des commandes, à la manière des assistés qui réclament leurs allocations.

Car son grand œuvre, sa création, son enfant, conçu dans les années 80, et mis en service au début des années 2000, l'avion Rafale, n'a pour l'heure pas trouvé un seul client en dehors de l'armée française, même si des générations de Présidents de la république se sont transformés pour lui en responsable du marketing.

Voilà donc un libéral de combat, qui vit des subsides de l'Etat, c'est à dire des impôts qu'il dénonce, en défendant les exilés fiscaux. Pour un peu Serge Dassault serait lui-même un méga fonctionnaire, avec ses contrats à vie, mais en bataille contre lui-même.

Héritier politisé, libéral subventionné, Serge Dassault est finalement emblématique d'une tradition nationale, un patronat dynastique, à l'ancienne, mais toujours virulent. La différence avec les autres, c'est que lui n'a pas de limites, et que la justice se demande aujourd'hui s'il ne les a pas franchies...

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