LE DIRECT

Sondage, suite : des moustiques au lampadaire

2 min

L’enfer étant pavé de bonnes intentions, hier matin, à cette même heure, j’ai enfreint la règle que nous nous sommes fixés, à la rédaction de France Culture à propos des sondages : Cette règle dit qu’un sondage ne vaut rien, qu’il en faut au moins deux, et trois de préférence, pour que des chiffres insignifiants puissent devenir une tendance.

Nous avons accepté cette exception parce que toutes les télés et toutes les radios du matin annonçaient un événement présenté comme majeur, le croisement des courbes au profit de Nicolas Sarkozy, au premier tour, et que France Culture aurait donc eu l’air d’occulter une information pour des raisons partisanes, en refusant d’en parler.

Il se trouve que cette « information » n’en était pas une, et qu’un sondage unique, décidément, c’est une information non vérifiée, donc une rumeur.

Dans la journée, un autre sondage a lancé d’autres chiffres, totalement contradictoires avec ceux du matin. Une enquête Sofres, réalisée comme la première après ce qu’il est convenu d’appeler « le méga meeting de Villepinte », qui n’avait d’ailleurs de méga que sa dimension péplum, jupette en moins.

Nous avons bouffé du chiffre, convaincus par cet air de science exacte, cette précision au demi-point, cette allure scientifique, sauf que dans le second sondage François Hollande se maintient haut, à 30% et que Nicolas Sarkozy, loin de s’envoler, se tasse de deux pour cent pour se retrouver à 26 points. Au second tour Sofres donne 58-42, ce qui est un score d’un autre monde.

Et ce n’est pas la première fois que ce genre d’incident survient à propos d’un sondage fracassant. Le dimanche 8 janvier, dans le Journal du Dimanche, un « événement », également signé « Ifop », annonce une grande nouvelle après les vœux du président : « Ca se resserre ! ». Toute la presse mouline pendant trois jours, pas nous cette fois, jusqu’au démenti apporté par les sondages suivants…

Il se peut qu’après Villepinte l’intuition de l’IFOP soit plus exacte que le flair de la Sofres, ou l’inverse, on verra bien, et le sujet n’est pas là, ou pas seulement. Le sujet c’est aussi nous-mêmes, les journalistes.

Les fabricants de sondages, sont certes un peu ridicules mais ils n’ont pas l’exclusivité. Si les politiques et la presse ne les sanctifiaient, ils ne seraient pas devenus les pythies de l’élection.

En clair, soit les chiffres que nous fournissent les instituts sont de simples outils, nous les traitons avec prudence, et ils peuvent s’avérer utiles, soit on les prend pour des divinités, pour le phare d’Alexandrie, et dans ce cas nous devenons ce que nous étions hier : des moustiques au lampadaire.

L'équipe
Production
Journaliste
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......