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Souffrir en politique, par Frédéric Métézeau

3 min

Jean-françois copé est entré dans sa phase "doloriste" hier soir sur France 2 : "j'ai pris des coups", "j'ai mûri". Le président de l'UMP qui connaît son Histoire politique par coeur a pris la même tangente que Nicolas Sarkozy ou Jacques Chirac, une nouvelle "séquence" pour reprendre un terme de communicants. Fini le jeune technocrate arrogant, patiné par le suffrage universel, devenu ministre très jeune, fini le hussard qui conquiert son parti aux marges de la légalité il a pris du plomb dans la tête, place à l'homme posé, pénétré voire transcendant. Autre exemple hier soir : "2017, c'est dans une éternité". Pendant sa dernière campagne, Nicolas Sarkozy a mis en scène sa propre solitude, celle d'un empereur assiégé par Schengen, les corps intermédiaires, la gauche et les médias bien-pensants, cette posture a impressionné Jean-François Copé au sens premier du terme, il en a absorbé les codes et il s'essaie à ce rôle déjà campé par tant d'autres.Car en France, à la différence des Etats-Unis par exemple, les carrières politiques sont très longues et le renouvellement beaucoup plus lent. Nos élus vieillissent, évoluent, gagnent, perdent, souffrent, meurent parfois sous les yeux des citoyens et pour durer, pour ne pas lasser, ils doivent assurer la mise en scène de ces différentes moments de vie. Ainsi "Facho-Chirac" a-t-il voulu devenir "le type sympa" puis "le sage", Nicolas Sarkozy "a changé", Alain Juppé et Laurent Fabius ont joué aux montagnes russes, François Bayrou n'en finit plus de traverser des déserts… Le pouvoir devient tragédie quand François Mitterrand ou Georges Pompidou doivent jouer un scénario qu'ils ne maîtrisent pas : la maladie, la souffrance, la vraie, mais chacun a conscience que son agonie est aussi un acte politique : exercer le pouvoir jusqu'au bout, faire comme si de rien n'était pour Pompidou (Edouard Balladur le racontre d'ailleurs dans un livre publié cette semaine) l'assumer et en parler pour Mitterrand. En France, contrairement aux Etats-Unis pour reprendre la comparaison, on aime les souverains cabossés, revenus de tout, qui ont trimé on n'aime ni les favoris, ni les préférés, ni les héritiers naturels. Mais ce jeu de rôle est-il encore pertinent quand le temps s'accélère à ce point avec la mondialisation, le quinquennat, les réseaux sociaux et l'information continue ? Quand Copé veut prendre cette trajectoire, la figure imposée ne frise-t-elle pas caricature ? "Désormais il n'y a plus de séquence" veut nous convaincre un conseiller très proche de François Hollande quand on lui parle de ce quinquennat encore difficile à raconter et à mettre en perspective. Le chef de l'Etat en a connu les sommets et les profondeurs mais à la différence des autres sans jamais vouloir renvoyer une autre image, restant bonhomme et optimiste. Sourire, plutôt que souffrir. Du comique plutôt que du tragique ?

Frédéric Métézeau

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