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Super Mario fait de la politique

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Alors que le débat sur la règle d’or mobilise l’ensemble des gouvernements européens, en France en particulier, le Président de la Banque européenne, c'est-à-dire le patron de l’Euro, Mario Draghi, a décidé d’en dispenser la zone euro, à sa manière. C’est un retournement extraordinaire, qui fait hurler la presse allemande.

En clair, alors que les débats politiques nationaux se focalisent partout, sur la nécessité d’appliquer, dans toute leur orthodoxie, des règles de gestions budgétaires strictes, destinées à installer, ou à sauver l’Euro, le gestionnaire suprême de cette monnaie commune constate que leur application mécanique aboutit à des effets pervers intenables, et il décide d’en tirer les conclusions, ce qui revient à faire de la politique à la place des politiques.

La règle d’or commande aux états de réduire leur déficit à un niveau précis, puis à un niveau zéro. C’est une manière de faire un choix politique qui s’imposera sans discussion à des générations et des générations. Malheur à celui qui dérogera, il sera sanctionné.

Et voilà que loin des sanctions, Mario Draghi a annoncé que la banque centrale européenne allait procéder à des achats sans limite (il a bien dit sans limites) de dette publique espagnole ou italienne. Loin d’être punis les endettés sont soulagés, et les marchés aussi.

On nage ainsi dans un paradoxe fantastique. En Grèce, en Italie, au Portugal, en Espagne, en France, toutes les mesures de rigueur, terribles dans certains pays, sont prises en vue de rassurer les marchés, de leur montrer qu’on est de bons élèves, qu’on se serre la ceinture, et voilà que ces fameux marchés sont euphoriques parce qu’un banquier annonce qu’il va la desserrer !

Pourquoi cette décision, et pourquoi ce soulagement ? Parce que Mario Draghi ne pouvait pas faire autrement. Parce que le principe de réalité a pris le pas sur le principe de règlement, et que dans cette réalité l’Euro n’était plus une monnaie commune. L’Euro de l’Espagne, avec ses taux d’intérêt de 6 à 7 % sur les emprunts, n’a rien à voir avec l’Euro de l’Allemagne, avec l’Euro de la France, avec l’Euro de l’Italie.

Encore quelques mois et c’était chacun sa monnaie au sein de la monnaie commune.

On verra dans quelques jours si le soulagement des marchés sera plus durable que les rémissions précédentes, mais la banque centrale a d’ores et déjà enclenché un processus politique qui ne pourra pas s’arrêter là. Ou bien l’Euro existe, et le principe de solidarité s’imposera en Europe, même si les forts, comme l’Allemagne, trouvent injuste et dangereux de payer pour les faibles. Ou bien chacun reprendra ses billes, les forts s’en laveront les mains, les faibles se débrouilleront tout seul, et l’Euro n’existera plus.

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