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Sur TF1, le naufrage d'une émission politique

2 min

TF1 a connu un accident industriel, lundi soir, pour sa nouvelle émission, Paroles de candidat, qui recevait François Bayrou et Eva Joly. Les chiffres d’audience ont été publiés hier. 2 millions 250 000 téléspectateurs, ce score est le plus mauvais jamais enregistré par la une.

Est-ce du aux invités ? Non. Bayrou est en général un bon client. Il avait fait davantage sur la 2, dans « des paroles et des actes », en décembre.

Est-ce du, comme on l’entend déjà, au trop grand nombre d’émissions politiques, et à la lassitude des français devant le débat présidentiel ? Non

Jean-Luc Mélenchon a rassemblé plus de trois millions de personnes sur la 2, et François Hollande plus de 5 millions. Quand au président de la République il a rassemblé dix millions de téléspectateurs sur la Une le jour de sa déclaration de candidature. Loin de lasser, la politique passionne. C’est même le seul sujet capable, dans les grandes occasions comme le débat du second tour de la présidentielle, de rassembler plus de public qu’une finale de coupe de monde de foot.

Donc que s’est-il passé sur TF1 lundi ?

Il s’est passé que cette émission a été conçue par des communicants, en vertu d’études marketings qui font valoir que le public a le sentiment qu’un corps intermédiaire, les journalistes, s’interpose entre lui et les élus ou candidats, et que ce corps, par servilité, connivence, couardise, incompétence, tout ce qu’on voudra, ne pose pas les vraies questions.

On a donc monté une émission politique en supprimant à peu près le média-teur qui ferait écran. Puisque le public vit les vrais problèmes, on a remplacé les interviewers classiques par un concept, officiellement concret, officiellement de chair et sang, l’échantillon représentatif, la carotte sociétale. En quelque sorte « le malade n’a pas besoin de médecin puisque c’est lui qui souffre »…

Le résultat c’est que cette proximité théorique a créé de la distance et de l’ennui. Le dialogue décousu qui en est résulté, a fait fuir le public vers la série Cold Case sur la 2, et l’émission Top Chef sur la 6.

Quatorze inconnus, même choisis selon leur âge, leur origine, et leur catégorie socioprofessionnelle, ne représentent pas un peuple parce qu’on les jette dans la lumière, et ne deviennent pas des meneurs de débats parce qu’on leur donne un micro.

Le peuple est sans doute plus compliqué que l’équation qui veut le réduire à une brochette de bons sauvages préservés de la civilisation médiatique, façon Jean-Jacques Rousseau, des gens-baromètres spontanément capables d’exprimer les inquiétudes et les espoirs publics, comme la grenouille annonce la pluie et le beau temps en grimpant à l’échelle.

Tout compte fait nous ne sommes pas des grenouilles. Tant mieux pour nous, et tant pis pour TF1…

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