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Taubira, la reine Christiane miraculée du gouvernement, par Frédéric Métézeau

2 min

Souvenons-nous des premières semaines de Christiane Taubira place Vendôme. Le poste promis au hollandais de toujours André Vallini échoit à cette élue divers-gauche, celle là-même accusée d'avoir fait perdre Lionel Jospin en se présentant au premier tour de la présidentielle de 2002. Dès sa nomination, quelques-uns à gauche rappellent aussi qu'elle a voté la confiance au gouvernement Balladur en 1993 et que si cette diplômée en Economie, Sociologie, Ethnologie afro-américaine et Agro-Alimentaire est une tête bien faite, le Droit n'est pas vraiment sa spécialité. La droite l'étrille et la taxe de "laxiste" quand elle annonce la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs et souligne ses premiers engagements indépendantistes. Des détenus s'évadent pendant sa première visite en prison, elle se fâche avec sa ministre déléguée Delphine Batho exfiltrée un mois plus tard à l'Environnement et quand Jean-Marc Ayrault annonce que les ministres battus aux législatives devront démissionner, elle renonce à se présenter en Guyane. Christiane Taubira devient la cible mouvante du gouvernement face aux mâles dominants de Manuel Valls, Vincent Peillon ou Jérôme Cahuzac. 9 mois plus tard, la voilà devenue la Reine Christiane : encensée par une partie des médias et les parlementaires de gauche, respectée par une bonne partie de l'opposition, idole des associations gays qui vendent des t-shirts TeamTaubira sur internet. Sur fond de chômage, de déficit, de grève enseignante et avant l'adoption du contrat de génération hier, Christiane Taubira a tout simplement fait passer la mesure la plus forte depuis le début du quinquennat avec maitrise - discours sans note et réponses du tac au tac - autorité - pour remettre à leur place les orateurs de droite - culture - citant Antonio Machado ou Emmanuel Lévinas - décontraction - avec ce magnifique fou-rire - et courage - on la voit épuisée et transie de froid un matin malgré un châle de couleur et des bols de thé brûlant. Et dire qu'en 2002 Lionel Jospin avait refusé de la nommer porte-parole de sa campagne, poussant les radicaux de gauche à investir leur propre candidate ! Et après ? La voilà comparée à Robert Badinter ou Simone Veil, sauf que pour la loi sur l'IVG, cette dernière n'avait pas de majorité dans son propre camp. Dans son autobiographie "Une vie" madame Veil raconte qu'elle s'est retrouvée "vedette malgré elle" et qu'elle "n'a pas eu le temps de savourer sa victoire", obligée de lancer d'autres combats "moins médiatiques mais tout aussi importants". C'est le cas pour Christiane Taubira avec la prison et la récidive. Pour désengorger les tribunaux, faire reculer la délinquance, humaniser les prisons, réformer les peines, une auréole de suffit pas.

Frédéric Métézeau

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