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Tempêtes sous un bonnet rouge

2 min

C’est à la fois le sondage le plus stupide du millénaire, et le plus révélateur. Il est repris en boucle depuis hier, il dit que les Français sont 90% à attendre du changement, ce qui ne veut strictement rien dire, puisque cela consiste à additionner l’élevage intensif du porc, l’écotaxe, des patrons qui veulent moins de règlement, des salariés qui veulent plus de protection, des portiques, des chrysanthèmes, des députés qui dénoncent leur propre vote, des lycéens, la famille de Léonarda, et peut-être même un raton laveur coiffé du bonnet rouge breton.

Dire que neuf français sur dix attendent du changement, c’est naturellement se tourner vers l’Elysée. Là-dessus tout le monde parait d’accord, c’est ensuite que les choses se compliquent. Un premier groupe réclame qu’Hollande change de politique, un second qu’il ait une et qu’il cesse de reculer, quant au troisième il revendique les deux choses à la fois, en accusant le pouvoir d’être absent et d’être envahissant.

Le premier groupe se recrute plutôt à droite, et parle de trop d’impôts, de trop de règlements, de trop d’état. Il porte le Bonnet rouge de la Bretagne.

Le second se range plutôt à gauche et reproche au Président élu en 2012 de n’avoir rien changé par rapport à son prédécesseur. Il porte aussi le bonnet rouge.

Le troisième groupe essaie de tirer son épingle du jeu en donnant raison aux furieux du trop d’Etat, et aux désespérés du pas assez. Il porte encore le bonnet rouge, à l’image du député Marc Le Fur, qui mène une croisade contre lui-même, puisqu’il a voté la loi sur l’Ecotaxe, et qu’il approuve la destruction de portiques installés par une société privée italienne avec laquelle son gouvernement a passé un faramineux contrat le 6 mai 2012, le jour même des élections qu’il s’apprêtait à perdre.

C’est un mélange impensable, contre lequel le Front de gauche a tenté de lutter samedi en appelant à une manifestation à ses yeux plus cohérente, à Carhaix. Le journal l’Humanité le rappelle ce matin. Il trouve que Quimper avait un furieux relent de Manif pour tous, avec « une foule hétéroclite qui défendait peu l’emploi et beaucoup les patrons » comme l’écrit l’envoyée spéciale du journal, Laurence Mariaucourt.

Impensable, impossible, et pourtant le mouvement existe, et il est assez puissant pour que le gouvernement redoute que le bonnet breton ne s’exporte ailleurs, à Lyon ou dans le Nord de la France.

Jean-Marc Ayrault va recevoir les chefs de la révolte à Matignon pour tenter de mettre un peu de raison dans un climat qui parait échapper aux raisons raisonnables. Pour le pouvoir le danger n’est plus les mauvais sondages, les élections qui se présentent mal, l’impatience des bonnets rouges, ou la puissance des gros bonnets.

C’est tout cela ne finisse par s’unir, partout, dans un mélange incontrôlable, et clairement explosif.

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