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Temps de parole : la revanche des quidams

2 min

Une semaine que la campagne est régie par la troisième période d’égalité du temps de parole, la plus rigide, l’égalité absolue, et une première sensation qui se dégage. Elle est paradoxale. Cette rigidité empoisonne la vie des rédactions, elle pose des problèmes considérables, voire insolubles, dans le suivi des événements, mais il faut savoir balayer devant sa porte.

En nous contraignant cette règle bouleverse aussi les habitudes, les codes, les certitudes, et elle libère des espaces, elle révèle d’autres hiérarchies. Même si les critiques demeurent à propos de qu’on peut appelle un extrémisme règlementaire, de bonnes surprises doivent servir de leçon à l’univers médiatique dont nous faisons partie.

Dans la vie habituelle, nous n’aurions jamais invité à ce niveau, donc pas vu à la télévision, des personnalités comme Philippe Poutou, Nicolas Dupont Aignan, pour ne citer qu’eux, et encore moins Jacques Cheminade. On ne les aurait pas sollicités, car une règle non écrite stipule que les inconnus étant inconnus, et les moins importants étant moins importants, ils n’intéressent pas les auditeurs, ou les téléspectateurs.

De même les spécialistes du marketing et de la communication ont décrété que la parole des politiques n’attirent pas le grand public, et donc qu’un défilé de politique ne peut constituer qu’un moment audiovisuel insignifiant et d’un effroyable ennui.

Or il s’avère que le défilé d’avant-hier et d’hier sur France 2 a réédité ce qui s’était passé avec les primaires socialistes. Des émissions théoriquement infaisables sont devenues des succès, et des personnes impossibles à inviter sans avoir l’air d’être un interviewer de la planète mars ont crevé l’écran sur la planète terre, Philippe Poutou en est l’exemple le plus étonnant, avec son mélange de candeur et de conviction, de maladresse et de naturel, et Nicolas Dupont Aignan n’a pas été absent non plus.

Cette règle infernale du temps de parole, en démolissant les règles non moins contraignantes de l’audimat et d’une forme de star-system adapté à l’information politique, a ouvert des espaces aux quidams, aux marginaux, aux minoritaires, et il se trouve que les quidams, les marginaux, les minoritaires peuvent être télégéniques ou radiophoniques, que leurs discours peuvent tenir la distance, même s’ils sont trop quidams, trop marginaux, trop minoritaires pour qu’on songe à voter pour eux.

A une semaine du Premier Tour de la présidentielle, qui est l’événement politique le plus important, mais aussi le plus compassé de la République, cette intrusion de candidats d’en bas par rapports aux candidats d’en haut, ceux qu’on appelle les grands candidats, apporte une respiration, elle remet les montres à l’heure. La vie réelle qu’elle a fait transpirer a de l’allure, elle nous change radicalement de la représentation classique des gens de la rue, vous savez, celle des micros trottoirs et de la télé-réalité.

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