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Transparence : circulez y'a rien à voir

3 min

La loi sur la transparence devait « assurer la publication et le contrôle des patrimoines des ministres, et de tous les parlementaires » selon la déclaration solennelle de François Hollande, sur le perron de l’Elysée, au lendemain de la démission de Jérôme Cahuzac. Au bout du compte, par un retournement faramineux, la loi punira d’une peine de prison et d’une amende de 45000 euros toute personne qui publiera ces patrimoines, désormais déposés en préfecture.

Ainsi le 3 avril, sous le choc d’un scandale énorme et traumatisant, le Président promettait une République dans laquelle tout citoyen aurait le droit d’être informé sur le patrimoine de ses élus, et son évolution.

Et le 18 juin de la même année, soixante dix sept jours plus tard, les députés ont décidé, à l’initiative de la majorité socialiste, que tout citoyen qui le ferait connaître serait poursuivi par la justice. Ils sont même allés plus loin. Un amendement UMP exige aussi que le nom de celui qui consulte simplement ce patrimoine soit enregistré par l’administration, on ne va jamais assez loin dans la transparence et la traçabilité. Et un amendement UDI prévoit que la divulgation d’un patrimoine entraîne le paiement du même montant que le patrimoine divulgué. Exemple : le journal qui publierait le détail de la fortune de Serge Dassault serait condamné à payer la fortune de serge Dassault.

La colère présidentielle avait aussi promis de mettre fin aux conflits d’intérêt, donc d’interdire aux parlementaires de pratiquer certaines professions, à l’image de Jean-François Copé qui avait cumulé la fonction de Président du groupe majoritaire à l’assemblée, et celle d’avocat conseil payé vingt mille euros pour un travail à mi-temps. Finalement, les avocats ayant protesté, et la définition juridique du métier d’avocat conseil n’étant pas nette, le projet a été abandonné, la seule interdiction se bornant désormais à la création, pendant le mandat, d’une activité de conseil.

En clair la vertu d’après Cahuzac a été soignée comme une crise d’acnée, un peu de pommade et ça passera. La transparence qui devait s’appliquer aux élus condamnera les curieux au non de la lutte contre le voyeurisme. Et les conflits d’intérêt continueront au nom de la nécessité de ne pas perdre le contact avec la vie réelle.

Cette loi est votée entre les deux tours de l’élection législative de Villeneuve sur Lot, qui a donné les résultats qu’on sait au premier tour. Rassemblés sur un bateau dont la coque est déchirée, et qui s’enfonce, les députés ont donc repeint les cabines et commandé des barres antiroulis pour éviter d’avoir le mal de mer.

A l’Elysée on parle de compromis acceptable, mais un très proche du Chef de l’Etat renvoyait hier les députés à leurs responsabilités. « Tout cela se passe devant les électeurs, prévenait-il, et ils devront rendre des comptes ». C’est vrai, à un détail quand même. Dans la cinquième république, c’est le capitaine qui est jugé, pas l’équipage, et le capitaine, une fois encore, a jugé bon de ne pas capitainer…

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