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Transparence : le choix de la feuille de vigne

2 min

« Après le dégoût et la colère provoquées par l’affaire Cahuzac, que faire ? ». La journée d’hier a marqué une sensible évolution dans la réponse globale apportée par le monde politique. Une opinion a dominé. Que dit-elle ? Qu’il ne faut pas exagérer. Qu’il ne faudrait « rien faire », car le remède envisagé, la transparence, serait pire que le mal.

Résumé des épisodes précédents. Il y a une semaine, quand les aveux de l’ancien ministre du budget ont été publiés, les ministres, députés, sénateurs, conseillers, qu’ils soient d’opposition ou de la majorité sont restés KO debout, épouvantés d’avance par la conclusion qu’allaient inévitablement en tirer les électeurs, celle d’une accusation globale sur le thème du « tous pourris ».

Il fallait donc « faire quelque chose, et vite ». Prendre des décisions d’urgence. Agir.

Sonné, le gouvernement, et le Président de la République ont donc annoncé des mesures dites de transparence, obligeant notamment les ministres et parlementaires à dévoiler leur patrimoine. Et d’un seul coup, l’urgente opération main propre est devenue moins nécessaire.

Au nom de l’UMP Valérie Debord s’est demandé « pourquoi parler d’un choc de moralisation pour un homme qui a fauté ». Soudain la faute emblématique de M. Cahuzac n’était plus qu’un errement personnel. Dans la foulée, Christian Jacob, président du groupe UMP à l’assemblée accusait Jean-Marc Ayrault et Harlem Désir d’être des repris de justice, tandis que ses amis politiques évoquaient les noms de Jean-Pierre Kucheida, Sylvie Andrieux, Jean-Noël Guérini, tous PS ou ex PS, et tous condamnés ou mis en examen…

Les adversaires de l’UMP pouvaient alors s’amuser des cours de vertu de M. Copé, élu de la manière qu’on sait à la tête de son parti, c’est à dire par effraction selon les fillonistes, et qui a cumulé, pour vingt mille euros par mois, la fonction d’avocat d’affaire, c’est à dire de Lobbyiste, et celle de patron du groupe majoritaire, c’est à dire celle de faiseur de loi.

Et Strauss-Kahn ? Et les cinq cent millions d’Euros prélevés sur l’argent public au bénéfice de Bernard Tapie.

Gros dégueulasse ! Toi même !

Ce qui s’est remis en place est un bégaiement vieux comme les affaires. Un camp s’en prend aux dérives de l’autre, qui lui renvoie l’insulte, et la vie continue.

Sauf qu’un tsunami menace et qu’on ne peut plus noyer le poisson. La gravissime affaire Cahuzac, en pleine crise économique, a fait déborder le vase parce qu’elle parait emblématique. Les excès de transparence pourraient avoir des conséquences fâcheuses, c’est vrai, mais la colère publique de ces jours-ci, et des vingt dernières années, ne laisse le choix à personne. Elle n’est pas née de la transparence, qui fait peur à tant d’élus, mais du silence et de l’opacité, dont ils se sont accommodés.

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