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Triple A : Dark Vador et Pinocchio

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Donc les marchés s’en foutent. A la bourse de Paris, comme dans celles de toute l’Europe, et en Asie cette nuit, l’annonce de la fameuse dégradation de la France, par une agence à priori détentrice de la foudre, n’a pas fait plus de bruit que la chute d’une feuille morte. Elle n’a ému que le monde politique.

Pinocchio
Pinocchio Crédits : Radio France

Les économistes professionnels trouveront des explications cohérentes, par exemple que la décision de Standard and Poor’s avaient été anticipée.

Les Français de base auront un peu plus de mal. Depuis un an, le spectacle auquel ils assistent a sans doute sa logique, avec sa dramatisation, sa rafale de sommets de la dernière chance, ses sacrifices obligatoires, ses états européens dont le projet est de se couper un bras pour pouvoir garder la main, mais cette logique est assez déconcertante.

Hier, par exemple, depuis Madrid, le Président de la République qui avait fait de ce triple A le marqueur absolu du sérieux en politique a estimé que l’abaissement de la note par les agences ne changeaient rien, pendant que l’UMP sommait l’opposition de se féliciter de la décision de Moody’s de garder la France sous surveillance, mais sans la dégrader, comme si ça changeait tout.

Pendant ce temps, François Baroin qualifiait l’Allemagne de « Bon élève de l’Europe », confirmant par le vocabulaire, que les Etats, même les plus puissants, étaient des écoliers et qu’ils avaient un maître.

Le citoyen de base est sans doute un peu obtus, mais il doit se gratter la tête. Cette histoire d’agence de notations redoutables, puis à peu près inoffensives, c’est un peu les dents de la mer qui tournent à Rox et Rouky, et ces sommets de chefs d’état, ou du G20, ces troïkas, ces puissants de la planète devenus des collégiens c’est Dark Vador qui se transforme en Pinnochio.

Tout cela n’aurait pas grande importance si le spectacle, bon ou mauvais, était seulement un spectacle. S’il y avait un début, un milieu, une fin, et qu’on rentrait ensuite chez soi.

Mais ce spectacle n’en est pas un. Que les agences soient puissantes ou non, que les gouvernements soient élus ou battus, les conclusions ne changent jamais quand elles arrivent dans la vie. Elles imposent des mesures. Des mesures d’austérité. Sur les salaires, les retraites, les aides sociales, la santé.

Ce que voient les citoyens d’Europe c’est un spectacle abstrait et changeant, mais ce qu’ils vivent est concret et permanent, très lourd en Grèce, pénible en Italie ou en Espagne.

En France, à la veille des présidentielles, il ne serait pas surprenant que ce contraste entre le flou des « choses vues » (l’UMP qui se contredit, le PS qui se cherche) et la dureté des « choses vécues », conduise une autre agence de notation, l’agence des électeurs, à chercher une troisième voie, ou carrément une aventure.

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