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Un Nobel d'autrefois pour l'Europe d'aujourd'hui

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Il y a a comme un décalage, et il sautait aux yeux lors de la remise du Nobel de la paix à l’Union Européenne. Un décalage dans le temps, ce Nobel récompense une réussite des années 1950. Un décalage institutionnel : ceux qui recevaient le prix ne sont pas les personnages centraux. Et un décalage fiscal. Au moment où l’Union était fêtée, et récompensée, un acteur français célèbre allait planquer ses sous en Belgique, c'est-à-dire à cinq cent mètres de son pays, derrière une frontière étanche.

C’est comme si le désordre allait se ressourcer dans l’ordre, le bazar dans la simplicité, et la guerre dans la paix.

Car autant l’Europe de 2012 fait se poser une multitude de questions, parfois dramatiques, autant l’Europe des origines permet d’avoir réponse à tout. Quand l’association Attac ironise, en estimant que l’Union Européenne mériterait le Nobel de l’Austérité, quand des économistes s’inquiètent d’une politique qui serait la seule alternative, mais dont les résultats se traduisent par une récession qui fait tâche d’huile, quand la crise et l’hyper-réglementation communautaire renvoient les vingt sept à des replis nationalistes et à des désirs de frontière, mais que l’espace européen reste en même temps l’espace du tout permis pour le reste du monde, quand le doute s’insinue, voire la révolte, on renvoie à l’âge d’or célébré à Oslo.

L’Europe d’aujourd’hui, compliquée, illisible, punitive, doit être défendue, coûte que coûte au nom de l’Europe d’hier, qui défendait une idée simple, lisible, et émancipatrice. Parlez de la guerre économique, et de ses ravages, et vous serez renvoyé automatiquement à l’extraordinaire idéal de paix qui a mis fin à des siècles de guerres entre pays voisins.

Comme si les rigueurs du présent pouvaient se dissoudre dans les succès du passé, célébrés par le Nobel.

Comme s’il ne fallait pas voir que cette espèce de palme d’or était remise à des acteurs de série B, Herman Van Rompuy, Jose Manuel Barroso, et Martin Schultz, tandis que les acteurs centraux, Angela Merkel ou François Hollande, restaient assis dans la salle.

Comme s’il fallait ne pas noter que la Grande Bretagne boudait ostensiblement, avec l’absence de son Premier Ministre.

Comme s’il fallait ne pas remarquer que Thorbjoern Jagland, le Président du comité Nobel, en appelait l’Union Européenne à « aller de l’avant » mais que son pays la Norvège fait marche arrière dès qu’il s’agit de la rejoindre.

Comme si les armes d’hier, qui étaient les obus et les canons, n’étaient pas remplacées par celles d’aujourd’hui, qui sont le dumping social ou l’évasion fiscale, et que le soldat Depardieu, ou le sapeur Halliday, ou le colonel Bernard Arnault, ne venait pas rappeler que le Nobel c’est bien joli, mais qu’à la guerre comme à la guerre…

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