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Un sondage qui se prend pour une élection

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La France a donc voté le 6 mai dernier, mais elle a revoté la semaine dernière, pour la même élection présidentielle. C’est l’information presque explicite diffusée à la une d’un grand journal du dimanche, hier, avec comparatif des résultats.

Selon cette enquête, il est possible de superposer une élection démocratique, dépouillée à la voix près, à laquelle ont participé 37 millions 16 309 français, et un sondage effectué auprès de 1607 personnes, du 9 au 12 octobre, par l’institut Ifop. Les chiffres des deux consultations sont affichés comme des données exactement comparables, et sont comparés avec une gravité d’expert.

Premier constat le résultat de cette enquête intitulée « si on refaisait le match », comme si une élection était un match, satisfera tout le monde et personne, le Président en place parce que d’autres sondages le donnaient carbonisé et que celui ci décrète qu’il a tout juste un peu chaud aux fesses, il ferait match nul avec l’ancien président, lequel se dira qu’il a un peu monté, mais pas autant qu’à la une des media où il est au zénith, superstar et barbu.

En gros, à la marge d’erreur près, qui n’est jamais que d’un million cinq cent mille voix, soit davantage que la différence entre les deux finalistes de mai dernier, rien n’a bougé.

Voilà pour le fond, qui n’en a d’ailleurs aucun.

Il y a un second aspect, peut-être plus grave et moins anecdotique, et qui peut interpeller les journalistes et les sondeurs. Un principe est en train de s’installer sous nos yeux. Depuis que les sondages existent, les instituts rappellent qu’ils ne sont pas prédictifs, qu’ils sont une photo, mais pas une élection. Et voilà que les résultats d’un vote sont désormais comparés aux pourcentages extraits des échantillons présentés comme représentatifs.

A l’UMP, par exemple, à partir du même principe (un sondage = une élection) une bataille politique oppose par ceux qui considèrent le second tour du 6 comme une grave défaite, puisque le PS a gagné, et ceux qui estiment au contraire, comme la Droite populaire ou la Droite forte, qu’il est une grande victoire car entre septembre 2011 et mai 2012 l’ancien président aurait repris dix points. Repris par rapport à quoi ? Par rapport à des sondages, ça va de soi…

De deux choses l’une : Soit les sondages sont tellement précis qu’ils sont un vote en temps réel, soit les élections sont irremplaçables, et les comparer à un échantillon est une imbécillité.

Dans le premier cas supprimons les élections, elles coûtent tellement plus cher qu’un sondage.

Dans le second tournons la page, rapidement, et revenons aux choses sérieuses…

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